L'ancienne capitale de l'AOF est le point d'ancrage idéal , que ce soit dans un campement sur pilotis sur la Langue de Barbarie, en tente dans le désert de Lompoul, en pirogue dans le parc du Djoudj, les découvertes sont légion pour le voyageur avide de rencontres.
Vu de la fenêtre de la chambre 219 de l'Hôtel de la Poste -celle qu'avait l'habitude d'occuper Mermoz lorsqu'il séjournait à Saint-Louis-, le fleuve Sénégal s'étire, au rythme indolent d'une belle Signare chaloupant lascivement dans les rues de cette ville chargée de couleurs et d'histoire. «Femme nue, femme obscure. Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l'athlète, aux flancs des princes du Mali. Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau. Délices des jeux de l'esprit, les reflets de l'or rouge sur ta peau qui se moire. À l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.» Les vers de Senghor m'accompagnent lorsque je songe à ces 'senhoras' élégantes et raffinées, ces métisses issues d'unions entre colons portugais et Sérères de la Petite-Côte qui émigrèrent vers Gorée et Saint-Louis au début du XVIIIe. Elles hantent mes pensées, alors que je déambule dans les coursives aérées et les patios inondés de lumière de cet hôtel de légende, où les conquistadors de l'Aéropostale aimaient à faire escale lorsqu'ils arrivaient de Toulouse, en passant par l'Espagne et le Maroc avant de repartir pour l'Amérique du Sud. Au sortir de l'hôtel, le pont Faidherbe s'agite frénétiquement, comme à son habitude: c'est là que bat le coeur de la ville, où s'entremêlent piétons, voitures et taxis-brousse. Sa structure en métal de 500 mètres construite pour enjamber le Danube, a été transférée à Saint-Louis en 1897. Le pont permet de relier l'île au continent. Non loin, La Résidence déploie autour de son bar cosy les affiches de 'Coup de torchon' et 'Les caprices du fleuve', tournés en partie à Saint- Louis. L'ancienne capitale de l'Afrique Occidentale Française est un décor de film, lovée dans son passé éblouissant. Fondée en 1659 par un navigateur normand du nom de Louis Caullier, Ndar -Saint-Louis en wolof- se visite comme on lit un manuel d'histoire coloniale. L'île est baptisée Saint-Louis-du-Fort en hommage au jeune roi de l'époque, Louis XIV. Point de départ de toutes sortes d'expéditions, Saint-Louis devient la capitale de l'AOF (Afrique Occidentale Française) en 1895. Autrement dit la capitale d'une région englobant la Mauritanie, le Sénégal, le Soudan français (devenu Mali), la Guinée, la Côte d'Ivoire, le Niger, la Haute-Volta (Burkina Faso) et le Dahomey (Bénin). Considérée comme la vitrine de la Métropole coloniale en Afrique et commune française de plein droit, elle demeure capitale du Sénégal (et de Mauritanie) jusqu'en 1958. Les fonctionnaires et les étudiants (on venait de toute l'Afrique pour y suivre ses études secondaires) vont alors migrer vers Dakar, ses administrations et son université... La ville tombe en léthargie, mais cette inertie va aussi permettre la préservation involontaire de son architecture. En 2000, elle est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Au nord et au sud du Palais du gouverneur, de nombreuses maisons colorées, typiques de l'époque coloniale, avec leur façade de chaux, leur double toiture en tuile. Quelques- unes arborent encore de beaux balcons en fer forgé et terrasse en bois donnant sur le fleuve, d'autres plus nombreuses tombent en ruine. Depuis la fin des années '80, les Saint-Louisiens ont entrepris de redonner son lustre d'antan à la ville: on restaure les balcons, on refait les façades à la chaux, laquelle a dû être ré-importée à Saint-Louis... Les initiatives sont issues de fonds privés pour la plupart, mais désormais les insulaires attendent beaucoup de leur nouveau maire, Cheikh Bamba Dièye, le plus jeune jamais élu à la tête de la commune. En cette fin d'après-midi, il fait bon flâner dans les rues animées du centre, à la découverte des boutiques d'art et d'artisanat; s'arrêter pour boire une Gazelle glacée dans des bars jazzy -une institution dans cette ville célèbre aussi pour son Festival, le plus grand du continent africain; avaler un tiéboudienne ou un poulet yassa dans l'un des innombrables restos de la ville; écouter le chant du Muezzin au loin... «Saint-Louis, comme une duchesse décatie qui ne souffrirait plus de se laisser voir en pleine lumière, n'est jamais aussi belle qu'à la tomber du soir», (d)écrit l'écrivainJean-Christophe Rufin, ambassadeur de France à Dakar. Je continue mon parcours pour rejoindre la presqu'île de la Langue de Barbarie, plus au sud, en direction du cimetière musulman, où chaque tombe de pêcheur est recouverte d'un filet, et de l'Hydrobase, d'où Mermoz décolla le 12 mai 1930 pour relier d'un trait Saint-Louis à Natal au Brésil au terme d'un vol de 21 heures sur un hydravion Laté 283. C'est là, à Guet Ndar, que vit l'une des plus importantes communautés de pêcheurs de l'Afrique de l'Ouest. On y a recensé plus de 4.000 équipages. 30.000 tonnes de poissons y transiteraient chaque année. Plus de 25.000 personnes vivent là, la densité de population est comparable à celle de Calcutta! Lorsque par dizaines les pirogues effilées accostent sur la plage, des centaines de bras s'affairent pour décharger de longs poissons argentés qui seront immédiatement transportés dans les camions frigos jouxtant la plage; direction Dakar. Le reste de la pêche, les plus petites ou les moins bonnes prises, est récupéré par les femmes et les enfants pour la consommation locale: les têtes des poissons sont arrachées sur place, elles jonchent le sable; le reste est cuit à même la plage dans de gros chaudrons, pour être ensuite séché sur des claies. Plus loin, la Langue de Barbarie est occupée par les complexes touristiques. Cette bande de sable est l'aboutissement d'une plage longiligne de 600 kilomètres, s'étirant depuis Nouadhibou en Mauritanie, jusqu'à Saint-Louis. Elle sépare le fleuve Sénégal de l'Atlantique sur 25 kilomètres. Je pose mon sac pour la nuit, au Diamarek, tenu par Michel, un 'Sinégaulois' accueillant et chaleureux. Ses confortables bungalows sont disposés dans un vaste jardin sablonneux. À ma gauche, le fleuve majestueux, peuplé d'oiseaux et traversé par les pirogues omniprésentes; à ma droite, l'océan déchaîné et la plage de sable fin, immense et déserte. Magique!
Y aller
Brussels Airlines assure des vols directs au départ de Bruxelles pour Dakar. www.brusselsairlines.com
La haute saison touristique s'étend de novembre à mars et correspond grosso modo à la saison sèche. Appelée "hivernage", la saison des pluies (tout est relatif) court de juillet à septembre. L'ensoleillement est exceptionnel toute l'année.
Santé
Aucun vaccin n'est requis pour le Sénégal; on recommande celui contre la fièvre jaune, et un traitement préventif comme le paludisme (Malarone ou Doxycline).
Change: 1€ = +/-635 francs CFA
Agences:
- Sénégal Tours, l'une des plus réputées et des plus sérieuses, basée à Dakar. Si vous cherchez un guide, demandez Buba, dit 'Google': professionnel, amical, prévenant et surtout incollable sur l'histoire de son pays, ses coutumes, sa culture... Il répondra à toutes vos demandes et questions (sauf l'âge du Baobab).
- Sahel Découverte, à Saint-Louis. L'une des plus expérimentées et recommandées. Circuits dans la région et dans une grande partie du pays. www.saheldecouverte.com
Le trajet entre Dakar et Saint-Louis (264 km). En voiture ou en mini-bus, 4 à 5 heures (routes en bon état). Air Sénégal propose des vols une fois par semaine (en principe, la compagnie connaissant quelques problèmes actuellement). De même que la compagnie privée Air Saint Louis. Plusieurs hôtels organisent des transferts (100€, de 1 à 4 personnes, en moyenne).
Se loger
- Hôtel La Résidence. Géré par Jean-Jacques Bancal et son épouse. Une référence. +/- 58€/chambre double. Excursions via Sahel Découverte (même proprio). Campement sur La langue de Barbarie et dans le désert de Lompoul. www.hoteldelaresidence.com
- Hôtel de la Poste. Le plus ancien hôtel (1850). Piscine entre le quai et le fleuve en face, au Flamingo. +/- 55€/chambre double. Campement sur la Langue de Barbarie (45€/jour, demi-pension). Excursions dans la région. www.hotel-poste.com
- Maison d'hôtes Sunu Keur. 8 chambres stylées (+/ 45€/double). Calme et accueillant. www.sunu-keur.com
- Résid'Hôtel Diamarek. Situé au plus étroit de la Langue de Barbarie. Bungalows (jusqu'à 4 personnes, 85€/nuit) et chambres (+/-38€/nuit). Piscine, tennis, jardin, restaurant. Excellente adresse. www.hoteldiamarek.com.
Dans la région
- Parc national de la Langue de Barbarie. A 20km de Saint-Louis. 2.000 ha de cordons dunaires qui servent d'îlot de reproduction aux oiseaux. Ouvert toute l'année.
- Parc national du Djoudj. À 60km. Avec ses 16.000 ha, c'est la troisième plus grande réserve ornithologique du monde. On y recense quelque 3 millions d'oiseaux migrateurs, répartis en 350 espèces. Une merveille, que l'on visite en pirogue et/ou en 4x4. Ouvert de mai à novembre. A l'entrée du parc: Hôtel du Djoudj (chambres et bungalows climatisées, jardin, piscine). Tenu par Monsieur Didi, un Libanais amoureux du coin. À recommander. Tel: +221 820 05 40.
- Lompoul: un vrai petit désert miniature où plusieurs agences ont installé des camps de tentes mauritaniennes.
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