Selon une vieille légende qui se raconte encore au Vietnam, un dragon venu des montagnes serait à l'origine de la Baie d'Ha-Long, l'une des plus belles et plus célèbres d'Asie.
La baie la plus célèbre d'Asie est située à un peu moins de trois heures de Hanoi. Notre guide, Thu, la connaît comme personne: dix ans qu'elle y cornaque les touristes venus des quatre coins du monde. Arrivés à l'embarcadère de Bai Chay, elle nous montre au loin notre vaisseau, Lan Phuong II, l'une des deux jonques armées par le docteur Bui Nghia qui, avec sa femme et quatre retraités français, organise depuis Hanoi des croisières sur la baie. Thu nous explique que son patron est un grand amateur d'orchidées: Phuong en viet et Lan Phuong pour 'parfum d'orchidée'. Elle ajoute que nous sommes les premiers à naviguer sur Lan Phuong II. Nous serons également les seuls passagers de cette jonque traditionnelle équipée de six cabines doubles. Nous en occuperons deux; les huit membres d'équipage -marins et cuisinières- dorment tous ensemble dans la cabine de pilotage. Les nôtres sont étroites mais confortables: deux lits et une petite salle d'eau avec douche, toilette, eau chaude; elles sont équipées à la fois de ventilo et d'airco, qui fonctionnent en alternance, au gré de l'utilisation du générateur et du moteur. La proue de la jonque fait office de salon, et la poupe de salle à manger. Entre les deux, 22 mètres de coursives, et à l'étage, sur des lattes en bambou, un solarium équipé de transats, qui s'étire entre deux voiles en forme d'aile de chauve-souris.
Le temps d'un apéro de bienvenue (on sabre le champagne!), Thu dresse la topographie des lieux. L'histoire d'Ha-Long commence il y a 500 millions d'années par des mouvements tectoniques et des érosions massives qui donneront naissance aux formations de schiste et de grès. Aussi incroyable que cela puisse paraître, les paysages spectaculaires de la baie sont l'œuvre de myriades de gouttelettes d'eau... En s'infiltrant dans le sol, l'eau se charge de gaz carbonique, qui attaque la roche et la burine de profonds sillons au fil du temps. Ces eaux acides façonnent ainsi un relief dit 'karstique'.
Les pics des quelque 2.000 d'îlots qui composent la baie s'étendent sur 1.500 km². Les plus hauts atteignent 200 mètres et bon nombre renferment grottes et cavités souterraines. Au pied des îlots, se développe une lisière de palétuviers, tandis que versants et sommets sont tapissés d'arbres à feuillage persistant. Thu nous raconte que le bois de l'une de ces essences, qui réagit aux substances toxiques, servait jadis à fabriquer les baguettes réservées aux monarques, leur évidant tout risque d'empoisonnement
Comme sur un lac en pleine mer
Nous avons hâte de nous éloigner de Bai Chay et des dizaines de jonques qui transportent les touristes. Passée la visite de Sung Sot, la grotte de la Surprise, où s'arrêtent la plupart de ces voyageurs d'un jour, nous demandons au capitaine de prendre le large sans plus tarder: l'endroit est définitivement trop fréquenté à nos yeux. Peu à peu, les pains de sucre composent une perspective mobile qui s'éloigne dans un dégradé de gris bleutés subtils. Au bout d'une journée de navigation, nous ne croiserons plus guère que les pêcheurs locaux et quelques rares cargos en route vers le Golfe du Tonkin.
En hiver, le brouillard envahit la baie d'Along. Pendant les mois d'été, les orages tropicaux y sont fréquents. Par chance, nous avons bénéficié d'une visibilité et d'un temps remarquable trois jours durant (une constante pendant tout notre séjour de trois semaines). Se baigner dans la mer sans vague d'Along est une sensation indescriptible: l'eau y est chaude, douce, presque noire et d'une profondeur insoupçonnée. Le plus souvent, nous avions l'impression d'être sur un lac de haute montagne, la fraîcheur en moins...
Le repas du soir est servi au coucher du soleil. Nous avons jeté l'ancre face à une petite pagode, nichée au sommet d'un piton rocheux. Au menu: riz et crabes. La jonque est bientôt encerclée de petites barques surgies d'on ne sait où. Autant de vendeurs ambulants: fruits bizarres, légumes en branche, poissons séchés, mais aussi biscuits, cigarettes, canettes de Coca... On finit toujours pas se faire rattraper par la civilisation! La voie lactée illumine la nuit, et la chaleur persistante nous enveloppe comme une couverture. Cette nuit-là, nous resterons longtemps à contempler les cieux.
À l'aube, nous sommes réveillés par un sampan piloté par trois enfants, dont le plus âgé n'a guère plus de huit ans. Il nous demande des biscuits pour sa petite soeur... Au loin, nous apercevons un village flottant. Le capitaine nous propose de l'accompagner en barque pour y faire notre marché.
Les maisons sont construites sur des flotteurs pour pouvoir être déplacées en fonction des besoins et des caprices de la météo. Une centaine de familles vivent là en permanence. Le plus grand bâtiment abrite une école, flottante elle aussi. La seule chose que la baie offre à ses habitants est un 'terrain' et du poisson. Tout le reste est acheminé depuis la côte. Des pêcheurs nous font signe d'accoster. Nous débarquons, maladroitement, aidés par les mains expertes d'enfants amusés: pas simple de se déplacer sur ces étroites planches instables! Le capitaine explore les viviers à poisson situés sous le plancher de la maison: calamars, langoustes, araignées de mer et divers poissons à l'aspect inquiétant -mais savoureux à l'arrivée- seront au menu de nos prochains repas.
Nous poursuivons la navigation deux jours durant, zigzaguant entre des îlots couverts d'une végétation inextricable. Leurs forêts abritent le gibbon noir et d'autres espèces de singes plus rares. Tellement rares qu'on les ne voit pour ainsi dire jamais. Idem en mer: même si, çà et là, un dauphin ou une tortue pointe le bout du nez, même si l'on aperçoit parfois un aileron de requin, la vie se joue hors de notre portée. Grottes, renfoncements et récifs offrent une multitude de niches écologiques. On estime à un millier le nombre d'espèces de poissons qui s'ébattent dans les eaux de la baie. Selon notre capitaine, elles abriteraient même un serpent de mer de 30 mètres de long... aussi mythique que le dragon de la légende.
Si la baie d'Along est classée au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO depuis 1993, le site n'est pas préservé de la pollution, loin s'en faut. Le principal danger est lié à la poussière de charbon en provenance des innombrables mines toutes proches, et à son contact avec l'oxygène de l'eau. Ce mélange détonnant produit un gaz carbonique acide qui ronge le calcaire. Comme beaucoup d'endroits, la baie d'Along est menacée par l'industrialisation de la région, mais aussi, il faut l'avouer, par une gestion des plus hasardeuses de son potentiel touristique. Heureusement, les autorités locales ont désormais limité le nombre de jonques dédiées au tourisme à une cinquantaine de bâtiments.
- Passeport et visa (valable un mois).
- Ambassade du Vietnam: Boulevard Général-Jacques 1 à 1050 Bruxelles. Tél. 02 379.27-37. Service des visas ouvert les lundi, mercredi et vendredi, de 14h00 à 17h00. 62€/visa et une semaine de délai.
- Aucune vaccin n'est obligatoire pour les voyageurs en provenance d'Europe. Il est toutefois recommandé d'être à jour avec les vaccinations contre le tétanos, la polio et les hépatites A et B. Les vaccins contre la rage et l'encéphalite japonaise sont recommandés pour les séjours ruraux de plus d'un mois. Les traitements contre la malaria sont recommandés dans certaines régions du sud (pointe du delta du Mékong), dans les zones forestières du centre et dans les régions du nord (Sapa, Lao Cai, Son La, Dien Bien Phu).
Y aller
Air France, Malaysia Airlines, Thai Airways, Singapour Airlines, Vietnam Airlines, notamment, propose des vols réguliers vers Hanoi et Ho Chi Minh-Ville. La plupart du temps, au départ de Paris. Le prix moyen du vol A/R Paris-Hanoi (ou HCM) tourne autour de 800€. Compter environ 16 heures de vol.
Pour les vols intérieurs, Vietnam Airlines bénéficie d'un quasi-monopole. Pacific Airlines propose également des vols à Hanoi, Ho Chi Minh-Ville et Danang. Un aller simple Hanoi-HCM compte environ 130$ (+/- 2h de vol).
Outre l'avion, de nombreuses lignes de train (très bon marché) sillonnent le pays. Toutefois, il n'est pas simple de s'y retrouver dans les horaires, types de train, wagons couchettes/banquettes, etc. D'autant qu'on trouve rarement dans les gares du personnel parlant anglais ou français. Le mieux est encore de passer par les nombreuses agences de voyages locales mais attention aux arnaques: on vous propose parfois des prix trois plus chers que le tarif officiel!
Location de mini-bus, taxis et voitures privées avec chauffeur: le moyen le plus simple pour se déplacer. Bon marché également (un trajet de 250 km avec un taxi local coûte aux environs de 50 euros). Possibilité (évidemment) de louer des mobylettes (environ 5 euros/jour) mais sans doute à éviter dans les grandes villes comme Hanoi ou HMC où la circulation démentielle n'a de cesse de surprendre! A noter qu'il n'existe pas de location de voiture sans chauffeur.
La monnaie locale est le Dong (1€ = +/- 21.000 Dg; 1$ = +/- 16.000 Dg).
La plupart du temps, les prix sont libellés en dollar, mais l'euro est accepté partout ou presque. De nombreux ATM (distributeurs de billets) sont accessibles un peu partout, et toutes les cartes de crédit sont acceptées.
Décalage horaire: 6h en hiver (quand il est 12h en Belgique, il est 18h au Vietnam) et 5h en été.
Climat chaud et humide, marqué par les moussons, avec d'importantes variations. Pour le Sud, la meilleure période s'étale entre décembre et avril; pour le Nord, mars à octobre. Pour le centre (Danang et Hué), de novembre à fin janvier sont à éviter. Ce que nous appelons 'hiver' n'existe qu'au Nord, au-delà du Col des Nuages. Au Sud, il fait presque toujours chaud. Attention toutefois aux pluies diluviennes qui peuvent frapper cette région en juillet/août.
Inscrivez-vous maintenant pour recevoir gratuitement notre newsletter.