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27
Déc
2010

L'Amazonie en VF

Le long de l'Amazone côté Guyane

Les marais guyanais

Quelques habitants le long des rives

Nuit dans un hamac en pleine jungle

L'un des nombreux reptiles croisés dans le marais

Omniprésente eau

La Guyane, ce n’est pas seulement les bagnes, la fusée Ariane, la ruée vers l’or ou 'La 7ème compagnie'. Mais des fleuves gigantesques aux embouchures encombrées de tapis de savanes flottants et d’îlets de forêt tropicale.

Texte et photos Béatrice Leproux-Gillet

Fffffffffff… La pirogue glisse sous la voie lactée. Floc, floc... des grenouilles grosses comme un poing plongent à notre approche et de petits poissons argentés font la olà. Les lucioles se reflètent dans l’eau entre les nénuphars nacrés qui ne s’ouvrent que de nuit et des chauves souris piscivores percent un drap de brume. Museau carré enfoui dans les jacinthes d’eau, un troupeau de kabiaï broute, émettant de petits sifflements inquiets. Balayant la rive, le faisceau de la torche accroche l’œil rouge d’un petit caïman à lunettes. Chacun retient son souffle. «Il l’a eu!». On caresse du bout du doigt le ventre blanc et dodu de cinquante centimètres d’écailles immobilisé par notre guide. Protégés, les reptiles noirs ou rouges de deux mètres de long resteront introuvables. Après une journée passée au soleil dans une clairière, le plus grand prédateur de la forêt, le jaguar, ne se montrera pas non plus. Dans le marais de Kaw, à l’embouchure du fleuve Aprouague, la nuit est tombée. Chargée d’une demi-douzaine de visiteurs, la petite embarcation nous emmène silencieusement jusqu’à notre éco-lodge. C’est un carbet flottant, simple toit de palmes ouvert sur la jungle et les étoiles filantes. On y dîne créole de salade de papaye verte râpée et de poisson boucané, arrosé de l’incontournable Ti-punch Ici, pas d’eaux stagnantes et, en période sèche, les moustiques ne sont pas agressifs. Dans un hamac ou un lit superposé, chacun s’enroule dans un drap, à l’affût des bruits de la forêt.

Petits cousins des piranhas
En pleine nuit, le hurlement d’une tempête nous arrache à nos duvets: un rugissement sourd et discontinu, comme une tornade qui s’engouffrerait dans une caverne. On nous avait prévenus: ce sont des singes hurleurs. Les mâles dominants marquent leur territoire en jouant de leur pomme d’Adam. Une trombe d’eau les fera taire. Petit matin laiteux et fantomatique. La carte postale amazonienne se déchire et découvre une eau boueuse bordée de savane tissée de toiles d’araignées. Au-delà, les collines couvertes d’une palette de verts qui tendent jusqu’au mauve. On se laisse prudemment aller dans l’eau brune aux fonds vaseux: riches en limons, ses 28° abritent un véritable zoo, heureusement farouche et inoffensif. Les anguilles électriques se sont enfuies (les attraper nous vaudrait une bonne décharge) et en guise de piranhas, des pairaïs, leurs petits cousins herbivores nous effleurent les cuisses. La tête désarticulée, on cherche d’où vient le fffui, le chchc… ou le couic. Ça fuse de tous les côtés, de toutes les couleurs: papillons fluos, aigrettes à ailes jaunes, aigle urubu à tête rouge, pigeon vert, martins pêcheurs à collier blanc, hérons cocoï et autres oiseaux troglodytes. 

Descente de fleuve à la nage
Un car climatisé -bonheur aussi furtif que redoutable- nous attend à l’embarcadère pour nous emporter vers le fleuve. L’Approuague, l’un des multiples géants de la Guyane, c’est 270 kilomètres de méandres, d’îlets et de rochers ronds squattés par les tortues. Une heure et demi de remontée en pirogue à moteur mène au camp Cisame. On ne compte plus un seul village amérindien ou bushinenge (les 'noirs-marrons' descendants des esclaves). Aujourd’hui, des clandestins brésiliens y pratiquent l’orpaillage sauvage. La chaleur et l’humidité sont telles que l’on ne résiste pas à enfiler des gilets pour une petite descente de fleuve à la nage, dans une eau totalement opaque à 28°. Après une initiation à l’orpaillage et le recueil de sa première pépite dans la batée, première nuit dans un hamac. L’exercice est périlleux. Jogging, sweat-shirt, chaussettes… il faut bien se couvrir en prévision de l’humidité qui tombe entre deux et six heures du matin. Au creux du hamac, placer la couverture de coton et le drap par-dessus, s’asseoir sans rien tirebouchonner, écarter la toile de ses deux jambes, se placer en diagonale et rabattre le tout sur soi quitte à s’enfermer avec des pinces à linge. Soit dix bonnes minutes d’exercice périlleux. Compter cinq de mieux pour réajuster sa position et, au bord de la nausée, cinq autres pour que le balancement cesse tout à fait. Étouffant de chaleur, attendre le sommeil en guettant les bruits de la forêt. Et trop tard pour se dire qu’on a oublié de se brosser les dents. Comme prévu, la nuit a été courte. 

Un anaconda gros comme un pneu
En route à six heures du matin pour une expédition botanique dans la forêt, il fait déjà chaud. De sa machette, le maître des lieux ouvre la marche sur le layon, entre lianes-à-l’eau (potable) et palmiers patowa, racines-échasse et motouchis aux troncs en forme d’ailerons, bois-encens aux écorces plus efficaces qu’un zippo et bambous épineux de quinze mètres de haut. Infranchissables -excepté par le cuir des tapirs- elles protégeaient les villages amérindiens. A chaque essence ses vertus et ses risques. Histoire de mieux ressentir le sol végétal et jaune, on rayonne en tongues ou carrément nu-pieds. Car, on nous l’assure, le pire que l’on ait à craindre en forêt: une piqûre de guêpe ou, à la saison des pluies, un arbre surchargé d’eau qui s’écroulerait à la faveur d’un coup de vent. Les serpents sont inoffensifs et les mygales matoutou aussi. Comme la piqûre d’un gros mille-pattes ou d’un scorpion, on en serait quitte pour une bonne fièvre. Et si l’on se perd? Il suffit de remonter le premier cours d’eau venu qui mène forcément au fleuve! Ultime recommandation: éviter les spray anti-moustiques: ils attirent les taons. Trop tard… Le lendemain, sur le chemin du retour, au détour d’une mangrove de palétuviers, un anaconda gros comme un pneu digère son poulet mensuel au soleil. Les amérindiens raffolent de sa chair blanche au goût de poisson. Son étreinte ne se desserre qu’à un prix: une piqûre d’épine -ou d’épingle à nourrice- entre deux écailles. 'L’enfer vert' des bagnards a presque le goût de paradis.

Guide pratique

Y aller
Via Air France à partir de 750€ TTC (+ le Thalys Bruxelles-Paris). www.airfrance.be
TO: Globe Trotters, www.globe-trotters.be ou www.jetair.be ou www.vtb-reizen.be; Travel sensations, www.travel-sensations.com

Agences locales: Auto-tours, 8 jours/7 nuits (marais de Kaw, Approuague, visite du centre spatial et découverte des îles du Salut).Jal Voyages: 788€ sur la base de 2 personnes en chambre double + le vol. www.jal-voyages.com

Couleurs Amazone: www.couleursamazone.fr

Auteur:
Béatrice Leproux-Gillet
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N° 169 Mai 2012

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