Dans leur conquête du Sénégal, les puissances coloniales ont d'abord abordé craintivement le pays par deux îles: Saint-Louis et Gorée. Célèbre dans l'hagiographie de la traite d'esclaves, cette dernière est une escale attachante que l'on visite à pied, les yeux grands ouverts.
Gorée se trouve au centre de la rade que forme la côte sud de la presqu'île du Cap-Vert à Dakar, à 3 kilomètres de la rive; depuis toujours, elle constitue un abri privilégié pour les navires et une escale de choix pour les puissances coloniales qui se sont âprement disputé son mouillage. Après les Portugais au XVe siècle et avant l'arrivée des Français, ses occupants hollandais la baptisèrent Goede Reede, 'la bonne rade'. Plusieurs centaines d'années durant, l'île fut à la fois une place forte et un port franc, avec une activité commerciale débordante. En 1832, sa population était de 5.000 habitants (elle compte aujourd'hui un petit millier d'insulaires). Après la création de Dakar en 1857, Gorée fut peu à peu abandonnée aux communautés religieuses qui y ouvrirent des écoles. Elle est aujourd'hui classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO 'lieu de mémoire' de la traite d'esclaves. Pour autant, nombreux sont ceux qui minimisent l'importance de Gorée dans le commerce triangulaire. Il n'empêche, la Maison des esclaves constitue une étape quasi obligatoire dans la visite de l'île. Même si son très controversé conservateur Boubacar Joseph Ndiaye n'est plus de ce monde, et pour peu que les touristes n'y soient pas trop légion, l'atmosphère qui règne dans la maison, ses cellules et sa porte du 'voyage sans retour' invitent au recueillement, quelle qu'ait été son rôle dans la traite des esclaves.
La première impression n'est pas toujours la bonne: oubliée l'insistance des vendeurs qui vous harcèlent dès vous posez le pied à terre (pas de panique, ils se concentrent autour de l'embarcadère), Gorée constitue une étape contemplative des plus recommandées. Loin de l'agitation dakaroise. Pas de routes ni de voitures à Gorée. Sa visite est rythmée par la découverte de maisons coloniales colorées en briques au charme désuet. Malgré la présence furtive de quelques baobabs plus que centenaires, l'atmosphère y est plus méditerranéenne qu'africaine. Gorée a acquis avec les années un petit côté 'bobo', qui attire la jet-set de Dakar (le prix de l'immobilier grimpe en flèche) et pas mal d'artistes, comme Fallou Dolly et ses peintures sous verre. Beaucoup sont installés aux abords du Castel, surplombant la pointe sud. Là, parmi les oeuvres exposées à ciel ouvert, d'étranges toiles attirent mon regard. N'Dama fait partie d'un groupe d'artistes autorisés à vivre dans le sous-sol de l'ancien fort français. Il me fait visiter son atelier: peintures et sculptures réalisées à partir de collages et d'assemblage d'objets usagés, jetés et récupérés dans l'île. Son oeuvre la plus emblématique s'intitule 'L'homme tranquille', empreint des préceptes Baye Fall, une communauté dont il est adepte. J'apprends que ce culte musulman, branche de la confrérie des Mourides, bien ancré dans la tradition africaine, est davantage un mode de vie qu'une religion, prônant le détachement de toute possession. «À sa façon, m'explique-t-il, il participe à l'écologie de Gorée...» Puissent ces artistes oeuvrer encore longtemps à la préservation de cette île étonnante.
Brussels Airlines assure des vols directs au départ de Bruxelles pour Dakar. www.brusselsairlines.com
Au départ de l'embarcadère du port de Dakar (bd de la Libération). 20 minutes de traversée en "chaloupe" (un petit ferry en réalité). Nombreuses navettes tout au long de la journée. Environ 8€ la traversée (A/R), plus la taxe communale (moins de 1€).
Dormir
Une visite d'une journée permet largement d'explorer l'île, mais si vous voulez profiter de la quiétude du soir, lorsque Gorée se vide de ses touristes, nous vous conseillons d'y séjourner au moins une nuit.
- Hostellerie du Chevalier de Boufflers (+/- 40€/chambre double), à droite du débarcadère. L'adresse la plus célèbre de l'île, réputé pour son restaurant en terrasse. Infos: www.hotelboufflers.com
- Auberge Keur Beer (même type de tarif), maison du XVIIe siècle, très appréciée par les visiteurs.
- L'île propose également plusieurs maisons d'hôte.
Manger
De nombreux restos et bars autour du débarcadère, dont le très sympa Saint-Germain, géré par l'accueillant Mouhamadou Mansour.
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