L'Inde envoûte ses visiteurs. Il faudra certainement plus d'une vie de voyageur pour voir les quatre coins de ce sous-continent. Alors jouons les modestes pour en découvrir le nord, dont la richesse, la culture, les contrastes et les couleurs imposent un tourbillon d'images. Escale en terre de maharajahs.
Rien ne peut réellement vous préparer à un voyage en Inde. Ni les impressions et expériences des autres, ni les articles comme celui-ci ou les documentaires. Il y a les voyageurs qui n'ont vu que le sublime et l'extrême raffinement, d'autres que le sordide et le plus grand des dénuements. Système de castes (certes aboli mais toujours réellement présent, la société indienne se caractérise par son hétérogénéité), mendicité et misère, analphabétisme, maladies... les conditions de vie de près de 660 millions de démunis assaillent violemment mes yeux. Gandhi le disait lui-même: «Aucun pays ne s'est jamais élevé sans s'être purifié au feu de la souffrance». Difficile de maintenir le regard et pourtant, il est hors de question de résumer ce pays à cela.
Car, à chaque pas, le pays aux 1.600 dialectes et vingtaine de langues principales -puissance économique et moderne à l'aurore d'une nouvelle ère- détruit, une à une, mes idées préconçues, aussi nombreuses que les citoyens indiens. Si toutefois le désert s'étend chaque année et le spectre de la sécheresse rôde, le nord de l'Inde, au sudouest de Delhi, émerveille les esthètes par la palette humaine chaleureuse et souriante, l'éventail de couleurs des saris et penjabis, ses palais et temples somptueux ou par ses cités impériales. Étape incontournable, le plus chatoyant et le second par la taille des 25 États indiens, le Rajasthan, fresque vivante qui n'en cultive pas moins son mystère, étonne à chaque instant. Namasté!
Mandawa, cité marchande endormie
Après avoir quitté Delhi, capitale quelque peu chaotique, nous empruntons la route des caravanes, direction Mandawa, dans la région rurale de Shekhawati. À bord d'un autobus climatisé, durant 6 heures, je ne peux m'empêcher de capturer mentalement les instants de vie dont je suis témoin tout en absorbant sans retenue les explications -en français et en anglais s'il-vous-plaît!- de notre accompagnateur, Ashok. Un camion surchargé nous dépasse à toute allure dans un concert de klaxon strident (d'ailleurs à l'arrière des camions, on lit 'Blow horn'!) tandis qu'un berger, imperturbable, pousse, devant lui, sur la route les vaches de son village. Les hommes jouent aux cartes tandis que les femmes travaillent dans les champs. Les enfants, vêtus de leur uniforme, reviennent de l'école avant de repartir travailler avec leurs parents. Magique, il suffit de croiser leur regard pour que tous ces visages se peignent d'un radieux sourire. Dans les rues de cette ancienne cité commerçante et aujourd'hui paisible bourgade de Mandawa, légumes, épices et autres douceurs inondent les étals de petits commerçants jouxtant les boutiques aux couleurs vives de tailleurs. Une vache allongée sur la chaussée. Sacrée pour son lait, le yaourt, le beurre et le ghee (beurre clarifié) qui en découlent, la vache est l'unique obstacle qui stoppe net tout autre usager des routes. Même sa bouse, séchée au soleil en galette permettra aux villageois de se réchauffer. Il est néanmoins déroutant qu'au pays des 330 millions de dieux -plutôt végétarien soit dit en passant-, aucun temple ne lui soit dédié.
Souvent inhabitées et laissées à l'abandon, les demeures ou haveli de riches bania (commerçants) se dévoilent aux curieux: il suffit de frapper aux lourdes portes cloutées pour qu'un gardien vienne vous ouvrir contre quelques roupies. Témoins de la richesse et de la décadence de cette ville, les fresques murales du XIXe siècle, dans une cour qui préservait l'intimité des femmes, jouent des couleurs -entre ocre, bleu et indigo- et des contes. La nuit tombe et je rejoins sans tarder le Mandawa Castle, où, aux côtés d'un héritierd'une lignée de maharajahs, mon imagination m'envole vers un conte râjasthâni des mille et une nuits.
La couleur fait la magie des lieux
Amoureux des étoiles, le maharajah Jai Singh fit dessiner au XVIIIe siècle, avec la complicité de son brahmane astrologue, sa ville idéale, une cité des astres ordonnée en damier d'avenues, en référence aux neuf planètes du système astrologique hindou. Ainsi, les grandes avenues rectilignes sont coupées à angle droit par de petites ruelles. Un siècle plus tard, la capitale de l'État, repeinte en rose, était considérée comme la plus belle ville du Rajasthan. Non loin du City Palace et du superbe observatoire astronomique se dresse majestueusement, sur l'artère principale, le Palais des Vents, ou le Hawa Mahal, cette gigantesque façade de cinq étages en grès rose, construite afin de permettre aux femmes du harem de contempler discrètement la rue, sans être vues. Un bijou de dentelle rose. Pourtant, l'urbanisme parfait de la ville rose ne diminue en aucun cas le va-et-vient incessant de vaches, rickshaws et étals ambulants. Dans le dédale des ruelles se cache une vie grouillante dans les bazars, où se succèdent des vitrines de fortune. Tandis qu'un barbier aiguise sa lame et qu'un cureur d'oreilles vérifie le contenu de ses flacons d'huiles essentielles, j'observe une jeune femme se pliant au rituel du henné à même le sol. Une multitude d'arts et métiers s'agite autour de moi: cireurs de souliers, porteurs d'eau (rares sont les villages équipés de pompes et de canalisations pour l'eau courante), marchands en tout genre, récupérateurs de vieux papiers, ramasseurs de linge à laver, transporteurs de gamelles de repas que les épouses de banlieue (qui font les emplettes au jour le jour) concoctent pour leurs maris employés
à la ville... Tous ces acteurs me semblent indifférents au temps. Tout d'un coup, l'odeur de la cuisine des trottoirs préparée par les chaatwallah -confectionneurs de douceurs- me prend les narines, je sens mes papilles frétiller et prépare mon palais à flamber au contact des saveurs épicées. À moi, les pakora, dhokla, gulab jamun et samossa! Plus loin, une flopée de commerçants m'interpellent. Lady, have a look at my jewels! C'est d'ici, à Jaipur capitale de la joaillerie, que proviennent les merveilles que nous trouvons dans les plus belles boutiques européennes. De retour sur le macadam, j'évite de justesse un camion Tata bariolé et me fraie un passage dans le flot continu et cacophonique des engins, voire des animaux. Devant ma mine décontenancée, une jeune fille dans un rickshaw -taxi indien par excellence et maniable à souhait- me sourit. Pour une poignée de roupies, je rejoins le fort d'Amber, à une dizaine de kilomètres de la ville, protégé des invasions et du temps par ses remparts qui parcourent les monts et plaines avoisinants. À pied, à dos d'éléphants ou en jeep, on y accède à sa guise. Loin de l'effervescence de la ville, cette forteresse, édifiée au XVIe siècle sur un piton rocheux, mêle soigneusement peintures murales, miroirs et mosaïques, jardins moghols géométriques entre les cours, halls d'audience et appartements privés.
Sur les traces de Sheer Kahn
Si l'art fin et délicat râjasthâni séduit les esthètes, les amoureux de la faune et de la flore peuvent explorer les trésors naturels dans les parcs de l'État. Léopards, antilopes, crocodiles, cigognes mais surtout tigres sauront vous appâter à la réserve de Ranthambhore, jadis terrain de chasse. Sur près de 400 km², entre lacs et rivière, les visiteurs se retrouvent nez à nez à quelques panthères, oiseaux aux ramages multicolores, hyènes, chitals, mangoustes, singes, paons et bien d'autres. Symbole des maharajahs et rescapé de leur règne, les tigres -une trentaine environ- y règnent en prédateurs souverains, en liberté. À l'affût du moindre bruit suspect, mon regard ratisse les hautes herbes. Je croise les doigts pour avoir la chance d'apercevoir un tigre, mais ce n'est pas garanti. Le fauve royal se fait discret. La nuit tombe, je rentre quelque peu bredouille. Mince, tel est mon karma! Dans ma tente aménagée, je replonge dans l'oeuvre magistrale de Rudyard Kipling...
Fatehpur Sikri, une ôde à la victoire
Au XVIe siècle, le plus grand empereur moghol Akbar, se retrouvant sans descendance mâle, fait appel selon la légende au Sheikh Salim Chisti, célèbre pour ses dons visionnaires. Celui-ci lui prédit la naissance de trois fils. Akbar, réjoui de plusieurs naissances d'héritiers, fit construire en 1780 une capitale impériale à proximité de l'ermitage du saint, non loin de la ville d'Agra. Quelques années plus tard, et pour des raisons mystérieuses, Fatehpur Sikri, la ville de la victoire, est désertée. Aujourd'hui demeure la parfaite réussite de la synchronisation de l'art moghol et architectural hindou renfermant salles d'audience, cours, appartements et harems entre autres... Après avoir passé la porte d'Agra et le Diwan-i-Am (hall des audiences publiques), près du Panch Mahal et le pavillon de la Sultane, le Diwan-i-Khas (salle des audiences privées) n'est plus qu'à quelques pas. En son centre, le Diwan-i-Khas possède le plus célèbre et unique des ornements de l'architecture moghole: une colonne de 36 corbeaux en volutes, surmontée d'un balcon circulaire. Certainement, la salle de trône la plus impressionnante! Devant l'une des plus grandes mosquées du pays, le tombeau du Sheikh Salim Chisti rayonne de son marbre blanc. Les lieux invitent au recueil, avant de poursuivre sa route vers Agra.
La plus belle des merveilles
Je me demandais ce que je ressentirais face au plus beau des monuments. Si, blasée d'en avoir entendu parler, j'en serai presque déçue. Ou si, à l'instar de tous, j'en serai raide. Impatiente de monter un tonga, une charrette tirée par des chevaux, je tourne en rond depuis les aurores. À Agra, dans la province de l'Uttar Pradesh, devant moi, resplendit le Taj Mahal, immense mausolée de marbre blanc. Perfection. Harmonie. Merveille. Les mots viennent presque péniblement à mon esprit devant une telle preuve d'amour. L'empereur moghol Shah Jahan fit construire, au bord de la rivière Jamuna, en 1631, un mausolée sobre et raffiné en souvenir de son épouse favorite, Mumtaz Mahal, décédée lors de l'accouchement de leur 14e enfant. Saisissant de beauté aussi bien de loin que de près, le Taj Mahal, entouré de jardins luxuriants, reflète ses élégantes proportions et imposantes dimensions dans les pièces d'eau. Mon admiration est infinie pour les petites mains qui ont façonné l'une des sept merveilles à mes yeux. Pas moins de 20.000 ouvriers et artisans furent recrutés sur près de 20 ans pour achever ce prodige moghol, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Afin de parer les éventuels séismes, les quatre minarets furent construits légèrement inclinés vers l'extérieur, pour éviter toute chute sur le tombeau. Par cette astuce, les architectes ont également ingénieusement annulé l'illusion d'optique qu'auraient entraîné quatre tours droites. Petit à petit, le sourire aux lèvres -je pense avoir été contaminée par le virus- je me rapproche de l'édifice. Du promontoire, on peut apercevoir le Fort rouge d'Agra. Les ciselures et incrustations en motifs floraux de marbre se précisent, la calligraphie reprenant des versets du Coran apparaissent soudainement. À l'intérieur, au centre de l'édifice repose pour l'éternité Mumtaz Mahal. Après le décès de Shah Jahan, son tombeau fut placé aux côtés de son épouse, créant ainsi la seule imperfection imprévue.
Au risque de me répéter, rien ne peut réellement vous préparer à un voyage en Inde. Amateurs globe-trotteurs, soyez avertis. Il existe deux sortes de voyageurs: ceux qui sont allés en Inde et les autres... Car quiconque visite ce pays kaléidoscope de couleurs et de temples s'en rappellera tout au long de son existence.
Y aller
Le tour-opérateur Thomas Cook propose dans sa nouvelle brochure Discover 2010-2011, un circuit de 15 jours et 13 nuits
en car de luxe pour partir à la découverte de l'héritage des maharajahs au Rajasthan. Au programme: Delhi, Mandawa, Bikaner, Jaisalmer, Jodphur, Udaipur, Pushkar, Jaipur, Fatehpur Sikri et bien sûr Agra. À partir de 1.499€ par personne, en demi-pension, vols et excursions compris. Pour plus de renseignements, rendez-vous dans une agence de voyage ou sur www.thomascook.be
Thomas Cook propose ses circuits sur l'Inde en collaboration avec Jet Airways, la compagnie aérienne indienne. Élue meilleure compagnie aérienne long courrier au départ de Bruxelles lors de la cérémonie des TM Travel Awards 2009, Jet Airways dessert des vols directs et quotidiens vers Delhi. www.jetairways.com
Quand partir?
La saison sèche au Rajasthan s'étend environ d'octobre à avril, les températures sont agréables et les pluies rares. De juin à septembre, la température -accouplée à l'humidité ambiante- peut devenir très vite suffocante.
Santé et hygiène
On conseille de ne boire que de l'eau en bouteille et de ne pas manger de légumes frais ou crus. La vaccination contre l'hépatite A et B ainsi que la fièvre typhoïde est nécessaire, ainsi qu'une mise à jour des vaccins contre la polio, le tétanos et la diphtérie.
Infos
Il est nécessaire de se procurer un visa pour l'Inde à l'India Visa Application Centre. Avenue Louise 350 à Bruxelles. Tél. 02.627.08.12. Dépôt des demandes de visas du lundi au vendredi de 8h à14h,
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