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05
Oct
2010

Le Livre de la Jungle en live du Madhya Pradesh

Tigre du Bengale

Pourchassé par les gangs de chasseurs nomades, il est actuellement en voie d'extinction.

Le célèbre tigre du Bengale

Difficile à dénicher, il se repose dans les coins les plus reculés des réserves indiennes.

La piscine du Baghvan Lodge

Lorsque l'eau se fait rare, les animaux viennent se désaltérer dans la piscine du Baghvan Lodge.

Banjaar Tola

Campement de luxe dans le parc national de Kanha.

Banjar Tola lodge

Vue sur le lac qui borde l'une des suites du Banjaar Lodge dans le Madhya Pardesh.

Dormir sous les étoiles

Expérience insolite d'une nuit à la belle étoile et d'un réveil matinal par une armée de singes farceurs.

Chambre au Baghvan Lodge

Décoration raffinée des chambres qui ont chacune leur patio et leur salle de douche intérieure et extérieure

Safari dans le Madhya Pradesh

Des 4X4 pour sillonner les pistes des réserves de tigres situés dans le centre de l'Inde.

Saris et ambiance colorée

Marché dans le Madhya Pradesh

Les petits marchés sont parsemés sur la route qui mène de Nagpur aux Parcs nationaux du centre de l'Inde.

Village dans le Madhya Pradesh

L'Inde, et en particulier le Madhya Pradesh, est devenu le nouvel eldorado des amoureux des grands félins. Si le célèbre 'Shere Khan' de Rudyard Kipling reste mythique, c'est au coeur de ce pays de collines et de jungle que (sur)vivent les derniers tigres du Bengale.

6h du matin, je quitte Mumbai endormie pour Nagpur, une ville en plein centre de l'Inde. Chaleur moite. C'est l'avant-mousson, la période la plus chaude de l'année. Et la température grimpe très vite jusqu'à 50°. L'impression d'être le nez dans un four chaud dont on n'aurait pas refermé la porte. Une heure plus tard, atterrissage en douceur du vol 9W7041 de Jet Airways (une compagnie indienne privée et sans doute l'une des meilleures du monde) et départ pour notre lodge, le Banjaar Tola, planté à côté du Parc national de Kanha dans le Madhya Pradesh. Mais avant de poser mon sac dans ce campement de luxe, il faudra emprunter l'unique route qui conduit à Kanha. Un périple de 5h30 en voiture au milieu des rickshaw (ces fameux véhicules à 3 roues qui font un bruit d'enfer), des motos chevauchées par des couples dont on ne voit que les yeux derrière un voile noué pour les protéger de la poussière, de camions colorés et chargés de marchandises et de passagers. Le code de la route est ici laissé au bon vouloir de chacun mais curieusement les accrochages ne sont pas si fréquents. Du moins c'est que nous affirme notre chauffeur qui ne quitte pas d'une roue les autres véhicules du groupe. Après avoir dépassé quelques villages, des pancartes signalent la présence de réserves de tigres... Nous y voilà! Un portail où l'on doit montrer patte blanche et quelques centaines de mètres de piste en terre qui mènent à Banjaar Tola, l'un des derniers lodges du groupe Taj Safaris- une division de Taj Hotels Resorts & Palaces qui s'est associé à & Beyond, un opérateur bien connu en Afrique pour son expertise en safari et en écotourisme. Le comité d'accueil est à la hauteur. Verre d'eau fraîche citronnée et petite serviette humide pour se rafraîchir avant de grimper vers ma suite sous tente. Il y en a 18 en tout réparties en deux camps. Le voyage commence ici... Lorsque la porte de ma chambre s'ouvre sur un immense lit posé sur un podium en bois, un petit secrétaire dans un coin, une très grande salle de bains avec baignoire ancienne et douche avec vue sur la jungle environnante. Il y a même une terrasse privée surplombant la rivière et la piscine, à l'abri des regards indiscrets mais pas des singes qui viennent y chahuter. C'est 'Out of Africa' version hindi! La décoration est raffinée et mélange subtilement le contemporain et le style indien. Tout ici est conçu dans le respect de l'environnement. Chaque suite repose sur une structure surélevée qui préserve la végétation située en dessous. Les toiles des tentes sont doublées d'une couche isolante pour garder la fraîcheur. Cependant le climatiseur s'avère indispensable à certaines périodes de l'année (en l'occurrence en juin juste avant la mousson).

À la poursuite de Shere Khan
Mais l'envie irrésistible de 'voir' du tigre me fait oublier la fatigue du voyage. Les jeeps à six places et à ciel ouvert stationnées devant le campement attendent sagement le client. Direction le parc national de Kanha, à deux pas de là. Nous ne sommes pas les seuls. Apparemment, le Parc est l'attraction du coin pour de nombreuses familles indiennes qui nous observent en souriant. «Je m'appelle Arsha», explique mon guide. «This is my office» Pas mal le bureau avec ses 1.945 km² de jungle dont 300 km² ouvert au tourisme. Depuis 1933, le parc oeuvre pour la préservation de nombreuses espèces animales et a particulièrement soutenu la campagne Project Tiger, lancée en 1973 pour sauver les tigres de l'extermination.
Situé dans une vallée, il alterne vastes espaces verts et forêts de Sal (un arbre qui peut atteindre 24 mètres de hauteur et qui a la particularité de garder ses feuilles même en saison sèche, permettant ainsi aux animaux de se nourrir). On croise ici plus de 22 espèces mammifères: des petits et grands singes, des cochons sauvages, des Chital (variété d'antilopes), des daims, des gaur (mi vaches, mi buffles), des léopards, des chats sauvages, des paons, des taureaux bleus... et plus de 200 espèces d'oiseaux. Après les recommandations d'usage, 'ne pas quitter le véhicule et garder le silence à l'approche des fauves', nous sillonnons le Parc, les yeux écarquillés pour essayer de discerner entre les arbres le minois d'un tigre ou de tout autre animal. Très vite, se succède une faune très diversifiée... Un signe de la main entre les deux guides qui se croisent et le véhicule s'emballe, fonçant vers un point où un tigre a été signalé. D'autres jeeps y sont déjà, sept en tout. Moteur arrêté, je retiens mon souffle. Dans les broussailles, un point roux et blanc... Mon premier 'Shere Khan'! Les appareils photos crépitent pour immortaliser le moment. Déjà le soleil se couche et il est temps de quitter le parc... Les langues se délient et chacun se réjouit d'avoir déjà à son tableau de chasse de 'photographe' la frimousse de son premier félin. A l'arrivée, Banjaar Tola apparaît tel un mirage au milieu de la jungle. Une table est dressée sur le deck surplombant la rivière, éclairage aux bougies et flambeaux et, pour mets, des spécialités indiennes présentées dans de petits récipients en terre cuite... Parathas (crêpes salées maison avec pommes de terre et chou-fleur), poha (plat de riz au safran avec des légumes frais), Kathi rouleaux (des wraps indiens au poulet, à l'agneau ou aux légumes) ou pao Bhaji (pain frais en rouleaux servi avec des tomates et oignons). Spicy or not spicy, tout est délicieux. Suivent les digestifs et la ronde des desserts avant de rejoindre ma suite sous haute protection. Les fauves et autres serpents ne sont jamais très loin. Ce soir, je m'endors en écoutant les bruits insolites de la jungle... Réveil à l'aube. Pour éviter la chaleur suffocante, les safaris démarrent très tôt, à 7h du matin. Un petit casse-croûte est glissé dans les jeeps et tout le monde grimpe à bord pour un nouveau 'Game Drive'. Aujourd'hui, nous enfourchons des éléphants avant de rejoindre dans la jungle un tigre signalé par les guides. Petit moment de déception, si le tigre est bien là, il est couché dans les broussailles, complètement amorphe. Repu et le ventre rebondi, le chaton semble inoffensif... On est loin de l'image mythique du roi des prédateurs. Pourtant, cet a priori se révélera complètement faux lorsque je verrai mon troisième tigre, à quelques kilomètres de Banjaar Tola, dans le Parc national de Pench, au coeur du Madhya Pradesh.

Le royaume de Rudyard Kipling
Pench tire son nom de la rivière éponyme qui serpente à travers les 1.400 km² de collines, forêts et vallées -dont 150 km² sont ouvert au public. On y retrouve la même faune: tigre, léopard, chien sauvage, gaur, sambar... C'est ici que Rudyard Kipling a situé le terrain de jeu de Baloo, Mowgli, Shere Khan, Père Loup et tous les autres. La rivière est omniprésente et certains points de vue y sont sublimes. Habitués à croiser les nombreux singes et autres antilopes, nous nous baladons tranquillement sans nous arrêter. Quand soudain, l'un d'entre nous signale le tigre tant attendu! Arrêt brutal de la jeep et petite marche arrière pour se positionner juste en face de lui. Silence complet, je me lève tout doucement pour mieux l'observer. Le fauve feule en nous regardant. 'Don't move' siffle notre guide. Tranquillement, le félin de 300 kilos se lève, traverse juste devant notre véhicule, s'arrête un instant pour jauger le potentiel 'gibier' que nous représentons, avant de disparaître dans la jungle. À bord, l'excitation est à son comble... La jeep fonce vers la sortie car, dans notre enthousiasme, nous n'avons pas vu passer les heures et le Parc ferme ses portes. Direction Baghvan Lodge, également membre de la chaîne Taj, un magnifique endroit où se poser entre deux safaris. Dès l'entrée, le charme opère. Sous une terrasse couverte, des divans et fauteuils en tissus colorés côtoient des meubles indiens en bois foncé... Plus loin le salon-salle à manger à l'atmosphère très british avec ses livres disposés ça et là et ses cadres de photos anciennes fait face à une cuisine ouverte, turquoise et blanche. Quelques marches plus loin, un sentier sillonne entre les douze suites luxueuses. Belles étoffes, décoration raffinée, tout ici invite au dépaysement... Un lit a même été disposé sur une terrasse sous les arbres pour permettre aux plus audacieux de dormir sous les étoiles, bercé par les cris des oiseaux. Le matin, ce sont les singes qui s'inviteront au bord de ce couchage et s'amuseront à se suspendre aux tentures. Un réveil des plus original. Les animaux sont ici chez eux. D'ailleurs, la piscine devient, aux heures les plus chaudes de la journée, le rendez-vous très recherché des biches, singes et autres chèvres qui viennent s'y désaltérer. Le soir, c'est sous d'immenses arbres garnis de bougies, que le dîner sera servi. Moment magique! Le lendemain le transfert vers l'aéroport de Nagpur est l'occasion de traverser quelques villages et de partir à la rencontre d'Indiens. Nous aurons même la chance d'assister aux préparatifs d'un mariage. Mélange de saris colorés, d'enfants qui courent et de gentillesse de nos hôtes qui souhaitent partager ce moment avec nous. Sans oublier les marchés, les odeurs d'épices, les tissus chamarrés, les bracelets multicolores... Un fragment de cet immense pays en perpétuel mouvement.

Une espèce en voie d'extinction
Aujourd'hui, les tigres ne sont plus que 1.400 en Inde... Leur nombre a diminué de deux tiers ces huit dernières années. Leur unique prédateur? L'homme. Et, un pays en particulier, la Chine, pointé du doigt. Car, chaque année, plus de 60 tigres sont requis par ce marché pour alimenter la médecine chinoise. En effet, dans cette culture, 'absorber le tigre c'est devenir tigre...' Et dans le tigre, tout peu se vendre: depuis la peau jusqu'aux os, en passant par les dents, les yeux, le pénis (la base de potions aphrodisiaques), la graisse, les moustaches... Pour les sauver, le gouvernement indien a mis en place un plan d'action pour essayer de contrôler les gangs de chasseurs nomades qui tuent les tigres pour de l'argent.

Déjà, au début du siècle dernier, Jim Corbett, célèbre chasseur avant devenir l'un des premiers naturalistes et défenseurs de ces 'mangeurs d'hommes', disait du tigre que «c'était un gentleman au grand cœur et au courage sans borne». Si, en 40 ans, Corbett élimina une douzaine de félins, responsables du décès de 1.500 hommes, femmes et enfants, il s'inquiéta rapidement de la surexploitation de la jungle pour en extraire le bois et devint l'un des pionniers de la défense de la vie sauvage. Mais le chemin semble long et si les responsables politiques ne prennent pas les mesures nécessaires, les générations futures ne pourront même plus les observer dans leur milieu naturel.

Guide pratique

Y aller
Au départ de Bruxelles, Jet Airways, la première compagnie aérienne indienne privée, propose des vols quotidiens vers Chennai (Madras), Delhi et Mumbai (Bombay) en Inde. Tél. 02.709.09.09 ou par mail à infobenelux@jetairways.com ou www.jetairways.com
Vol Bruxelles/ Bombay - Tarif aller/retour en classe économique à partir de 712€ TTC et en classe affaires à partir de 2 772€ TTC. Le confort est l'un des points forts de la compagnie: plus de place pour étendre ses jambes en classe eco et un véritable lit en classe affaires. Les mets servis à bord sont délicieux (indien ou européen) avec la patte du chef Mattagne et de la Porte des Indes en classe affaires. Vol Nagpur/ Bombay avec JetLite, la compagnie low fare de Jet Airways - Tarif aller/retour en classe économique à partir de 130€ TTC .

Tselana Travel, spécialiste du voyage haut de gamme sur mesure, propose un séjour de 10 jours/8 nuits dans le Madhya Pradesh à partir de 5.440€/pers. incluant les Bruxelles-Mumbai aller/retour sur Jet Airways en classe économique, taxes incluses, 1 nuit au Taj Lands End à l’aller pour des raisons de connexions de vol, petit déjeuner inclus, le vol Mumbai- Nagpur aller/retour sur Jet Airways en classe économique, taxes incluses, 3 nuits à Banjaar Tola, pension complète et activités safari, 3 nuits à Baghvan, pension complète et activités safari, 1 nuit au Taj Mahal Palace et Tower à Mumbai au retour pour découvrir la ville de Mumbai, en chambre supérieur vue mer, petits déjeuners inclus. Tous les transferts privés entre les aéroports, les lodges et les hôtels. Réservation Tselana Travel, 15 rue Monsigny à 75002 Paris. www.tselana.com Tél. +33/1.55.35.00.30.

Quand y aller?
Le meilleur moment pour y aller va d'octobre à mai. Eviter la période de mousson et le mois de juin très chaud avec des pointes de 50°. Pour les safaris, prévoir lunettes, casquette et chemises à manches longues pour ne pas cuire au soleil.

Auteur:
Françoise Bouzin
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N° 169 Mai 2012

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