Capitale cosmopolite de la jeunesse et de la culture populaire d'Allemagne, l'immense capitale vit au rythme d'une ville de province un peu bricolo. Et, sans aucun doute, c'est à l'Est que ça se passe.
Texte & photos Béatrice Leproux-Gillet.
IN: Berlin bohème et fêtard, prisés des Européens de l'Ouest: Mitte, bobo branché haut de gamme coté pour ses boutiques tendance et Friedrichshain.
OUT: L'ancien Berlin Ouest, investi par les Russes. Le Ku'damm, les Champs Élysées allemands en moins large et plus long, où s'alignent les enseignes internationales chères et convenues.
IN: Prenzlauer-Berg surnommé 'Pregnancy Hill' affiche l'un des taux de natalité les plus élevés d'Europe (2,1 enfant, +/- 4.000 naissances par an) alors que l'Allemagne souffre d'un vrai problème démographique (1,38 enfant par femme contre 1,64 en Belgique).
OUT: Le mouvement anti-bébé: des plaintes sont déposées pour nuisance sonore, contraignant des haltes-garderies et des crèches à déménager voire à fermer. Berlin a même dû inscrire dans sa loi que les cris des enfants devaient être tolérés... 'au nom de leur épanouissement'.
IN: Tolérer l'excentricité. Personne ne prête attention au punk à crête écarlate et rat sur l'épaule ou aux filles gothiques qui se promènent dans les quartiers chics.
OUT: Le look des années 80 avec les cheveux coupés ras devant et queue de rat derrière, moustache en sus. Après 30 ans et trop de bière, le Berlinois vit en jeans larges et grosses baskets. Elles sont jolies mais, grossièrement maquillées et s'habillent sans
sophistication.
IN: Le respect de son environnement et de son voisin.
OUT: Gare au contrevenant: le piéton qui passe au vert, mord sur la piste cyclable ou lorgne avec insistance une belle voiture sera rappelé à l'ordre.
IN: Le quartier turc de Neukölln, favori des étudiants pour ses petits commerces, ses boutiques de créateurs et ses appartements bon marché. Très tendance aussi Prenzlauer Berg, temple des écoles de yoga, du bio, des aires de jeux pour enfants. De chaque côté, chacun se targue d'avoir les adresses les plus cool et l'ambiance la plus bobo.
OUT: Kreuzberg (multiculturel et bourgeois) ex-références du Berlin alternatif désormais boboïsé à l'extrême. Les cafés chassent les commerces de proximité et les loyers augmentent.
IN: Être indifférent au port de la burka. S'étonner de la déclaration d'Angela Merkel sur l'échec du multiculturalisme.
OUT: Thilo Sarrazin, grande figure de la gauche: dans 'L'Allemagne court à sa perte', l'ex-ministre des Finances considère que les Musulmans minent la société allemande, refusent de s'intégrer et vivent aux crochets de l'État. Après des années de mutisme -traumatisme nazi oblige- on observe, à droite comme à gauche, une vraie remise en cause de la place des immigrants, turcs notamment.
IN: Les appartements sont spacieux et, l'offre étant énorme par rapport à la demande, les loyers sont trois à quatre fois moins chers qu'à Paris. Pas besoin de garant ni de fiche de paye, une caution suffit.
OUT: Fréquentes sont les pannes et les fuites. À moins que l'occupant ne s'appuie sur une association ou un avocat, les propriétaires reportent de mois en mois le dépannage.
IN: Extrêmement vaste, très aérée, Berlin est constitué de 30% de lacs et de forêts et d'une série de canaux où circulent péniches, bateaux-bus et de plaisance
OUT: Le budget de la capitale n'est pas proportionnel à la surface. Dès qu'on s'éloigne du centre, on ne compte plus qu'un
réverbère tous les 100 mètres et les rues ne sont pas entretenues tous les jours. La plus grande ville du pays est aussi, faute d'industries, la plus pauvre et les salaires y sont plus bas qu'à Hambourg, Cologne ou Münich.
IN: Le vélo quand il fait beau sur les 180 kilomètres de pistes presque aussi larges que les chaussées. Pas de casque mais plusieurs écoles: le maillot fluo à dénicher chez Berliner Klamotten, sorte de Colette made in Mitte; le vélo peint en vert et orné d'un tournesol autour du phare et d'un panier en osier pour les Öko (les Verts allemands) ou carrément pourri. Le fin du fin, parcourir le très beau parcours le long de l'ancien mur de Berlin. Le touriste loue chez Fat Tire à Alexanderplatz côté Est et devant le zoo côté Ouest.
OUT: Le métro, le RER et les bus très chers: 2,10€ le ticket. Et 40€ l'amende.
IN: Dans cette ville cosmopolite riche de 183 nationalités, tout le monde parle anglais.
OUT: Par peur de faire une erreur et de sa hiérarchie, pas un fonctionnaire ne démêlera le problème de passeport ou de parcmètre de l'étranger en anglais.
IN: Klaus Wowereit, maire de Berlin et homosexuel de gauche. Les Verts, en passe de gagner plusieurs régions et la mairie de Berlin.
OUT: Angela Merkel depuis qu'elle travaille avec le parti libéral démocrate. Et sa déclaration sur l'échec du multiculturalisme a beaucoup surpris. Sa démission serait envisagée.
IN: L'été, bronzer nu dans les parcs et l'indifférence générale; organiser des grill-parties sur une énorme bouée collective tout en parcourant les canaux, fêter un anniversaire sur les pelouses du Lac Blanc.
OUT: L'hiver et ses températures qui tombent à moins 17°, avec nuit noire à 15 heures dans une ville enneigée trois mois durant et peu éclairée.
IN: Berlin est la capitale de la techno, fierté nationale. Incontournable, le Berghain dans le quartier de Friedrichshain où se produisent les grands DJ du monde entier. Le weekend, ne pas déroger à la tradition du Wegbier: le 'chemin de la bière' consiste à déambuler par toute la ville une canette à la main.
OUT: La musique rock alors que c'est le seul pays d'Europe dont les groupes se sont exportés aux USA. Iggy Pop et David Bowie ont résidé dans le quartier historique de Schöneberg.
IN: L'hôtel Amano*** à Mitte, déco minimaliste chic à deux pas des cafés, des restos et du marché Hachescher avec superbe toit-terrasse et un bar qui attire les Berlinois branchés. www.hotel-amano.com
OUT: L'hôtel Agon près d'Alexanderplatz, autant d'étoiles mais pas une étincelle de charme: 9 étages et 155 chambres made in 1970.
IN: S'afficher homo surtout pour les femmes dans le centre et les quartiers branchés.
OUT: La Gaypride, cette grande fête de la techno et des revendications homosexuelles, a été créée à Berlin en 1989 quelques
mois avant la chute du Mur. Le drame du 25 juillet dernier à Duisburg a mis définitivement fin à la manifestation.
IN: Écouter un concert classique allongé sur les coussins du sublime Radial System, ancien bâtiment industriel
OUT: Les cabarets qui tentent de faire revivre 'l'âge d'or des années vingt'.
IN: La contestation, tradition de rébellion bien antérieure à 1968. Même quand les Berlinois manifestent, c'est dans les clous.
OUT: Rare mais violente, la répression policière. En face, le défilé du 1er mai où, parvenus à Kreuzberg, néonazis et extrême-gauchistes s'affrontent systématiquement.
IN: À défaut de s'offrir la gastronomie du restaurant-terrasse du Reichtag (sur réservation absolument), manger sur le pouce
bio, bon et pas cher. 7€ le déjeuner chez Gerüchteküche à déguster sur le banc en bois adossé à la vitrine (Kreuzberg). Pour une fringale, Kreuzburger joue les mini fast-food à petits prix. www.feinkost-kaefer.de/dt_bundestag10/
OUT: Saucisses et pommes de terre à la papa et à chaque repas.
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