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06
Mai
2011

Brasilia, la capitale du futur

Née comme un champignon après la pluie en 1960, Brasilia est aussi la plus jeune capitale du monde. Elle vient de fêter ses 50 ans et a été dessinée par Oscar Niemeyer, l'un des plus grands urbanistes du XXe siècle...

Texte & photos Éric Valenne.

Imaginez une ville construite au milieu de nulle part, dans un paysage de savane et sur un plateau hérissé d'arbustes et de broussailles, à mille mètres d'altitude et loin des côtes. Une cité destinée à accueillir le président, son gouvernement, ses fonctionnaires et l'état-major de l'armée du plus grand pays sud-américain. Une mégapole créée pour attirer l'activité économique à l'intérieur des terres. Et surtout contrecarrer la rivalité entre São Paulo et Rio. Une ville symbole, dédiée au futur, sans histoire derrière elle, née du rêve de visionnaires et assemblée de toutes pièces pour incarner l'avancée d'un pays dont la devise est 'ordem et progresso'... Brasilia a été imaginée à la fin des années 50 par le président Juscelino Kubitschek et une poignée d'hommes. Cet avant-gardiste avait pour programme de réaliser '50 ans de progrès en 5 ans'. Il a vu sa promesse se concrétiser en moins de temps que prévu, puisque la plus grande partie de Brasilia fut édifiée en trois ans et demi, pour être inaugurée le 21 avril 1960. Pari gagné mais au prix fort, avec le travail acharné, jour et nuit, de milliers de Candangos, ces ouvriers accourus de tout le pays, logeant sous tentes. Mais il faudra encore quelques années pour peaufiner cette ville futuriste qui, petit à petit, aux confins de l'État du Goiás et du Minas Gerais, allait accueillir tous les ministères et leurs états-majors, mais également le staff des grandes banques, des postes, des télécommunications, des ambassades... Au grand dam de milliers de 'Pioneiros' qui ont dû, à leur grand désespoir, quitter la capitale de l'époque, à savoir Rio de Janeiro... Et dire au revoir à son art de vivre et ses plages. Dépressions, crises existentielles, demandes de mutations et autres maladies ont, paraît-il, touché bon nombre de Pioneiros transférés à Brasilia. Heureusement, la ville a bien changé et est devenue attractive, comme en témoignent les 15.000 villas avec piscine installées autour du lac artificiel.

Un urbanisme révolutionnaire
On doit donc Brasilia à 4 hommes: Kubitschek, Niemeyer, Costa et Pinheiro. Le premier fut président du Brésil de 1956 à 1961. Esquivant tous les dangers d'une période instable et mouvementée, ce médecin lancé dans la politique fut maire de Belo Horizonte et gouverneur du Minas Gerais, avant d'être élu à la présidence du pays en 1956. Il rénova les communications, les chemins de fer et les routes. Il décida de construire Brasilia, ce qui coûta 'un pont' au pays. À tel point que ses détracteurs ont transformé son slogan en... '50 ans d'inflation en 5 ans'. Quant à Oscar Niemeyer, c'est l'un des plus grands 'starchitectes' du
XXe siècle. Né en 1907 à Rio, il va fêter ses... 104 ans le 15 décembre prochain. Ayant récemment épousé sa secrétaire en secondes noces, il a affirmé se sentir comme un jeune homme de trente ans. C'était en 2006! On lui doit une soixantaine de réalisations dans le monde entier et, bien sûr, au Brésil, seul ou associé à ses pairs comme Le Corbusier. À Brasilia, il a signé
notamment la cathédrale Nossa Senhora Aparecida, le siège des armées (Quartel-General do Exército), le Ministère des Affaires étrangères, le palais présidentiel de Alvorada, l'université, le mémorial JK (dédié à Kubitschek)... Le troisième homme est l'architecte et urbaniste Costa. C'est lui qui fonda la société d'architecture à laquelle Niemeyer collabora plus
jeune. Mais c'est surtout lui qui gagna le concours pour créer Brasilia, contre 41 projets présentés par 25 concurrents. Enfin, vient Pinheira, le bras droit de Niemeyer, qui fut nommé par Kubitschek directeur de la Novacap, l'agence d'urbanisation de la nouvelle capitale, à savoir le pourvoyeur de fonds de ce projet fou et le garant de sa réussite. Il devint également le premier gouverneur de Brasilia (et non le maire, car Brasilia a un statut spécial, celui de district fédéral, un peu comme Washington aux USA). Mais bien d'autres personnes ont contribué à la création de la cité comme Bernardo Sayão, Burle Marx, Íris  Meinberg, Ernesto Silva, Marshal José Pessoa, Marianne Peretti (Franco-brésilienne à qui l'on doit les vitraux de la cathédrale), les peintres ou sculpteurs Athos Bulcão, Bruno Giorgi, Alfredo Ceschiatti...

Comme un avion
Le fameux 'plano piloto' imaginé par Costa représente un avion, avec comme axe principal (eixo monumental) le fuselage et son cockpit, tournés vers l'Est. Ce symbole suit également la topographie des lieux endescendant lentement vers le lac artificiel de Paranoá. L'autre axe qui coupe la ville est l'eixo rodoviário. Ce sont les deux ailes un peu courbes, orientées nord et sud. Symétriques et élaborées en quartiers appelés superquadras, elles alignent des bâtiments dédiés aux services, écoles et zones résidentielles qui accueillent 350.000 habitants. C'est là que se trouvent également quelques réalisations plus discrètes comme la chapelle Igrejinha Nossa Senhora de Fátima (en forme de chapeau de nonne et signée Niemeyer) et, pile sur le quinzième parallèle, l'église dédiée à Don Bosco, qui rêvait en 1833 d'une ville utopique et située entre les 15e et 20e parallèles. Inaugurée en 1970, on doit cette église à Carlos Alberto Naves. Elle arbore un lustre aux 7.500 cristaux de Murano. Mais sa beauté réside dans la superbe lumière bleue qui la baigne, grâce aux magnifiques vitraux azur et violets soumis aux
jeux du soleil. Ils sont signés par notre compatriote Robert Van Doorme. Depuis la queue de l'avion avec la présence du quartier général de l'armée de terre (signé... Niemeyer) jusqu'au 'cockpit' ou pointe de la flèche tournée vers l'orient, l'axe monumental aligne tous les édifices et symboles du pays. Considéré comme la plus large avenue au monde, l'eixo monumental déroule 6 voies de circulation... Après son intersection avec l'eixo rodoviário, il concentre tous les symboles du Brésil autour de la place bien nommée des 'Trois pouvoirs'. Celle-ci est en quelque sorte le coeur de la ville, avec ses ministères, le 'Planalto' (siège du pouvoir exécutif), ses twin-towers (Sénat et chambre des députés) reliées entre elles et formant un H, comme 'Humanité', ses salles pour les sessions plénières surmontées par des structures aux allures de grandes vasques. L'une est tournée vers le ciel, symbole d'ouverture, et l'autre vers le sol, symbole de réflexion. Au milieu de la place, la sculpture des 'Pionniers'. Si le centre compte environ 350.000 habitants dans ses superquadras, les villes satellites que l'on pourrait qualifier de banlieues drainent les trois millions et demi d'habitants restants de la grande agglomération. En proche périphérie, s'étale un lac traversé par un magnifique pont à trois arches croisées édifié en 2003, imitant le saut d'une grenouille sur l'eau. Sur ses rives, le palais présidentiel accueille aujourd'hui Dilma Rousseff, récemment élue et remplaçant  Lula.

Vol vers le futur
La ville qui accueille aujourd'hui presque trois millions d'habitants ne devait initialement en recevoir que 600.000... C'était sans compter sur une inflation démographique galopante et l'attraction que toute agglomération brésilienne exerce sur ses campagnes moins privilégiées. Ici, pas de délinquance et 'on s'arrête pour laisser passer les gens sur les passages piétonniers', plaisantait le guide Rosario, un 'Calango' pure souche, c'est-à-dire né à Brasilia, comme plus de 50% de la population actuelle. Pour un bel aperçu de la ville, l'idéal est de se rendre à la tour de la télévision qui embrasse du regard tout l'eixo monumental et les deux ailes tandis qu'à l'horizon se profilent les villes satellites et cités dortoir. À la nuit tombée, le spectacle de la ville est captivant: les jets d'eau font leur show musical quotidien tandis que les lumières s'allument l'une après l'autre. Un nuage laisse tomber une averse et rappelle que nous sommes à plus de mille mètres d'altitude, dans un climat tropical tempéré d'altitude, avec une moyenne de 20° toute l'année et un climat plutôt sec... Pas de favelas ni de zones de 'non-droit' dans cette ville classée par le Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1987. Pas besoin d'hélicoptères et
de voitures blindées pour les nantis. Pas de stress à descendre dans les rues grouillantes, polluées et obstruées par des bouchons permanents, ni d'angoisse à quitter son duplex avec vue pour plonger dans une mégapole de 18 millions d'habitants comme São Paulo. Pas de cartels en tous genres défiant le pouvoir ni de balles perdues lors d'altercations entre police et trafiquants comme à Rio... Rien de cela à Brasilia qui compte bien rester une ville tranquille mais active et tournée vers le futur, en voulant montrer l'exemple à la tête de cet immense pays émergent qu'est le Brésil, avec ses 190 millions d'habitants, avec lesquels le monde va devoir compter de plus en plus. Comme le souhaitait Kubitschek.

Guide pratique

Y loger
Près du lac:
- Golden Tulip Brasilia Alvorada 4*
SHTN Trecho 1, Conjunto 1B, Blocos A e B, Brasilia. www.goldentulipbrasiliaalvorada.com
- Nobile Lakeside Convention & Resort 4*
Shtn Trecho 01 Lote 02, Projeto Orla 3, 70800-200 Brasilia. www.nobilehoteis.com.br
Près du centre:
- Mercure Hotel Brasília Eixo Monumental
Brasiladentro Viagens / Ag 37296 - www.accorhotels.com

Auteur:
Éric Valenne
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N° 169 Mai 2012

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