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05
Mai
2011

Pantanal, au pays de l'oiseau bleu

C'est l'une des zones naturelles les plus importantes et les plus riches, avec l'Amazonie. Le Pantanal est aussi l'une des plus grands zones inondables au monde. Rencontres inédites avec ses habitants.

Texte & photos Éric Valenne.

'Cra cra cra, cra cra cra...' Les premiers cris répétitifs et gutturaux des chachalacas résonnent dans l'obscurité, plus précis qu'une horloge. Dès l'aube, ces oiseaux aux allures de faisans se la jouent réveil matin. D'autres 'cra cra cra' répondent dans l'obscurité et seront bientôt suivis par tout un concert de cris et de gloussements de leurs cousins ailés. Filant droit devant, un vol d'aras se découpe dans l'indigo du ciel. De p

+etits nuages d'altitude s'enflamment. Du haut de la tour d'observation du lodge, la canopée semble à portée de main et l'immensité des marais en contrebas sort de la nuit. Dans les grands arbres à côté, quelques singes s'ébrouent. Bienvenue dans le Pantanal.

Un écosystème unique
Quasiment au centre du continent sud-américain, à l'est du Brésil et contigu à la Bolivie et au Paraguay, le Pantanal se trouve partagé entre deux états brésiliens: le Mato Grosso et le Mato Grosso do Sul... 'Mato Grosso' signifie 'grosse forêt' car un coin de l'Amazonie recouvre une grande surface de cet état. Le Pantanal doit son nom au Portugais 'pântano' qui signifie grands marécages. Déclaré Réserve de Biosphère par l'UNESCO, ce paradis couvre 220.000 km² dont 87% se situent sur le territoire brésilien. Le Pantanal est connu pour être une immense cuvette inondée six mois par an et alimentée par les grands cours d'eau comme les rios Paraguay, Guaporé et Cuiabá. La biodiversité de la faune et de la flore naît de l'alternance des phases de sécheresse et d'inondation. On y a dénombré 698 espèces d'oiseaux et 80 mammifères, plus de 260 espèces de poissons, sans oublier les 50 espèces de reptiles. C'est ainsi que de novembre à avril, toute la région est inondée par le débordement des nombreuses rivières. À 1.500 kilomètres des côtes, le bassin du rio Paraguay est qualifié de delta intérieur et offre une déclivité minimale de moins d'un centimètre par kilomètre, de quoi obliger l'eau à stagner ou à s'écouler très lentement par ce même fleuve, seul exutoire du Pantanal. Cette période de submersion voit la flore exploser de toutes les couleurs. Les mammifères sont à la recherche des capões, ces tertres boisés et secs où ils trouvent protection. Après cette période d'inondation, vient la saison sèche qui s'étend de mai à octobre. Il ne subsiste alors que de petits ou grands lacs et de nombreux trous d'eau qui accueillent caïmans, oiseaux et nombreux mammifères, leur offrant une source de nourriture grâce aux poissons piégés... En cette saison, il est difficile d'imaginer que les passerelles pour les randonnées qui partent des lodges et qui surplombent le sol desséché deux mètres plus bas, servent une partie de l'année à passer au dessus d'une immense lagune...

Idyllique ce tableau?
Oui et non, car le Pantanal subit des menaces insidieuses. Qu'il s'agisse du drainage pour les besoins d'eau ou de la pollution due à l'agriculture. Car cette grande mangeuse d'espaces tente de rogner des petits coins du Pantanal et ses alentours. Heureusement des hommes se battent ou résistent en transmettant leur message... «Le gouverneur du Mato Grosso est
le plus grand propriétaire terrien. Inutile de dire que ce n'est pas mon meilleur ami...», soupire André von Thuronyi, fondateur d'un écolodge et forte personnalité de la région. Mais surtout ardent défenseur de cet écosystème fabuleux. «Je sers la nature avant les touristes et les clients, car le Pantanal est un paradis écologique et doit le rester, pour le bien de tous. Il est la plus grande plaine inondée de la planète et l'une des plus grandes réserves naturelles au monde.» Pourtant, le parc National du Pantanal n'a été créé qu'en 1981 et doit résister contre toutes sortes d'attaques. Il donne l'occasion de voir facilement toutes sortes d'oiseaux, que ce soit en balade en canoë ou à la pèche au piranha sur le Rio Claro, à moins de préférer une balade à cheval le long des sentiers. Avec beaucoup de chance, un jaguar daignera se montrer, tandis qu'un fourmilier ou un paresseux se laisseront observer selon leur humeur. Se montreront plus probablement les cerfs et les singes, les renards et les loutres géantes, sans oublier les serpents. Quant aux caïmans et autres capybaras (plus gros rongeurs au monde, aux allures de hamsters de 80 kilos), on ne peut pas les rater.

Araras Eco Lodge
André, né au Brésil de parents hongrois, a fui la pollution de São Paulo pour s'installer ici depuis bientôt 20 ans. «Ce n'est pas la quantité de visiteurs qui met le Pantanal en danger, mais bien leur concentration. Il peut y avoir davantage de lodges et de touristes qui viennent ici. D'ailleurs, le fait d'ouvrir un centre touristique et d'éducation de football à Cuiabá va faire venir du monde je l'espère, ce qui est une excellente chose pour le Pantanal, dont on ne parle pas assez!» André y a fondé l'Araras Eco Lodge, à 132 kilomètres au sud de Cuiabá, la capitale de la province du Mato Grosso. Une fois passé le portail d'entrée du parc près de la ville de Poconé, il faut encore rouler au moins une heure trente sur la route n°60, la Transpantaneira. Cette piste de sable aux petits airs mythiques de Far-West fut débutée dans les années 70. Après avoir enlisé ses budgets dans les marais, elle fut sauvée et finit par relier Poconé à Corumba en traversant cette partie du Pantanal sur 147 kilomètres. Sur la route, près du lodge, un petit café. Musique latino, boissons décapsulées et petit shopping. Au loin, traversant la route, un cow-boy, ou plutôt un Pantaneiro pure souche. Le seul travail que la région offre à ces cow-boys du Pantanal tourne autour des ranchs avec les activités d'élevage du bétail et des chevaux. Ils s'en sortent mieux désormais, grâce au tourisme. Équitation et randonnée équestre, démonstrations de lasso, visites des ranchs et parfois, le soir, petit concert de guitare pour les touristes font partie de la nouvelle donne de ce Far-West brésilien.
Une visite au centre de réhabilitation des perroquets s'impose. À notre arrivée, quelques flammes multicolores filent dans les arbres, intriguées ou apeurées. Plus loin, un oiseau hilare répète dans un arbre 'flamengo, mengo mengo...!', une chanson apprise chez ses maîtres. Comme ses congénères, il a vécu en cage chez les hommes. «Et il nous en apprend beaucoup sur notre espèce!», ironise André. Ces oiseaux sont ici pour un tas de raisons: la police les a confisqués lors de trafics, leurs maîtres s'en sont séparés, etc. Tous sont endémiques à la région et avant leur envol dans la nature, ils se retrouvent dans un service vétérinaire avant leur réintroduction. Cela marche ou pas. Des dizaines d'oiseaux déjà libres ont pris leur envol, d'autres sont encore en cages, d'autres s'émancipent lentement...

À la poursuite de l'oiseau bleu
Avec l'invisible jaguar, le très commun capybara ou l'inquiétant caïman, l'un des plus beaux symboles du Pantanal est celui de l'ara hyacinthe ou 'blue arara ou hyacinth macauw' (anodorhynchus hyacinthinus) qu'il ne faut pas le confondre avec l'ara bleu, perroquet 'commun' de nos zoos et élevages. L'ara hyacinthe est un magnifique oiseau de grande taille (presque un mètre!) aux yeux cerclés de jaune et aux plumes d'un bleu profond. Vivant (jusqu'à 60 ans) en bandes, il a bien failli disparaître. «Cet oiseau avait quasi disparu de la région. Il n'en restait que quelques dizaines de couples dans tout le Pantanal. Aujourd'hui, il y en a à nouveau des centaines. Nous avons disposé une bonne soixantaine de nichoirs qui trouvent petit à petit des locataires... Idem pour leur nourriture avec les noix du palmier acuri que nous replantons. Je n'aime pas donner une valeur à un animal, mais il faut savoir que cet oiseau se monnayait récemment vingt mille dollars! Dès lors, imaginez le potentiel de braconnage! Des individus en capturaient une dizaine, dont un ou deux survivaient... Résultat, l'espèce a failli être éradiquée de la région!», commente André Dans un grand arbre de la propriété, un nichoir a été posé près de sa cime et attire un couple bruyant de ces superbes oiseaux. «Nous avions mis une petite camera pour voir la naissance annuelle de l'oisillon et la transmettre sur une vidéo... mais ils ont arraché et coupé les fils! Alors on respecte leur choix!» Au bout du parc du lodge, une dizaine de grands oiseaux bleus crient et jacassent. Comme pour approuver.

Guide pratique

Il n'y a pas d'office de tourisme du Brésil en Belgique. www.embratur.gov.br ou www.braziltour.com

En pratique:
Passeport valable six mois après le retour.
Monnaie: 100 Réals (BRL) valent 0,44€ et 1€ vaut 2.30 Réals.

• Le prochain festival Europalia sera consacré au Brésil, fin 2011. www.europalia.be
• Épinglons Sudamericatours, spécialiste de l'Amérique du Sud avec de nombreuses formules sur le Brésil, notamment des circuits individuels et des extensions. Infos en agences de voyages.
• Le Brésil Nature (Circuit individuel de 16 jours).
• De Rio à Iguaçu, Cuiabá, Pantanal, Brasilia, Manaus (Amazonie), Salvador de Bahia. Extension : Praia do Forte / Chapada Diamantina.
• Du Brésil Colonial au coeur de l'Amazonie (Circuit individuel de 14 jours ). Avec Iguacu - Rio - Belo Horizonte - Ouro Preto - Brasilia, Manaus (Amazonie) - Ssalvador de Bahia.

Extensions:
• Pantanal Nord & Chapada dos Guimarães (de 3 à 6 jours) Cuiaba - Pantananl nord (Araras Eco Lodge) - Pousada Do Rio Mutum et Chapada Dos Guimarães...
• Pantanal Sud & Bonito (de 3 à 6 jours) Campo Grande - Pantanal Sud - Caiman Lldge - Bonito - Boca da Onca - Serra Da Bodoquena - Rio Sucuri - Grotte Lagoa Azul.

Via la TAP. qui dessert en direct 9 villes brésiliennes avec 62 vols/sem. Excellentes et nombreuses liaisons de Bruxelles (via Lisbonne). www.flytap.com

Y loger
• Araras Eco Lodge. Transpantaneira Park Road, km 132 south west of Cuiabá. www.araraslodge.com.br
• Pousada Rio Claro. Transpantaneira Park Road, km 42 Poconé. www.pousadarioclaro.com.br
• Pousada Clássica Rua Conde de Bobadela 96 - Centro. www.pousadaclassica.com.br

Auteur:
Éric Valenne
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N° 169 Mai 2012

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