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08
Avr
2011

Gran Canaria, l'île continent

La plage très prisée de Maspalomas dans le sud de Gran Canaria.

El Roque Nublo, site sacré pour les Guanches, culmine à 1.700 mètres.

La belle propriété de "La Hacienda del Buen Sucedo", exploitation bananière depuis le XVIe siècle.

La Casa Colón.

La végétation luxuriante du Jardin Botanico Canaria 'Vieja y Clavijo'.

Ses 236 kilomètres de côtes, ses petites criques tranquilles, ses longues plages et son climat privilégié ne sont que quelques-unes des raisons de l'engouement de milliers de fidèles qui viennent y passer l'hiver au chaud. Mais l'île de Gran Canaria ne se résume pas à cela et livre aux curieux un visage pluriel.

Reportage Nathalie Warny

Au centre de l'archipel des Canaries, Gran Canaria pourrait difficilement mieux incarner la diversité. Une chaîne de montagnes centrale, le massif d'origine volcanique de la Cumbre, véritable épine dorsale, sépare deux grandes régions au climat et au paysage bien distincts. Le Nord, soumis aux alizés, souvent couvert de nuages et caractérisé par une végétation luxuriante, et le Sud, ensoleillé et aride. On peut ainsi aisément passer d'une métropole aux étendues de sable sauvages avant de rejoindre de vastes vallées plantées de bananeraies et de forêts de pin. Mon point de départ? Les emblématiques dunes de Maspalomas. Immenses. Sahariennes. Le vent chaud souffle, les passants admirent l'océan depuis la 'Promenade des Anglais', longue de 10 kilomètres, entre Maspalomas et San Agustin (endroits propices à la pratique des sports nautiques et terrestres, comme le golf). De cette bulle, je tourne le dos et mets le cap vers le nord. Direction Las Palmas, seule véritable grande ville des 7 îles des Canaries.

Las Palmas, la capitale
À vélo, la capitale de l'île se révèle en douceur. Fondée en 1478 lorsque le conquistador espagnol Juan Rejón et son armée y posèrent les pieds, Las Palmas, appelée ainsi en raison des nombreux palmiers de la région, est restée, pendant presque 400 ans, cloîtrée à l'intérieur des murailles de sa vieille-ville, Vegueta-Triana. Celle-ci commença à s'étendre vers le nord, vers la moitié du siècle dernier, jusqu'au Parque Santa Catalina et la Playa de Las Canteras. Coeur colonial de Las Palmas, le barrio (quartier) de Vegueta, au sud d'un ancien barranco (ravin), abrite des petites ruelles pavées et de superbes maisons anciennes. La Plaza Santa Ana est à quelques mètres du campement d'origine des premiers colons. Des bronzes de chiens canariens (en hommage aux Guanches) veillent aux pieds des escaliers de la vaste esplanade. S'y dressent les Casas Consistoriales (Hôtel de Ville), le Palais de l'Évêque et la Cathédrale, avec intérieur gothique et façade néoclassique. Celle-ci héberge notamment l'El Patio de los Naranjos (Le Patio des Orangers), et juste derrière, la Casa Museo de Colón en souvenir du passage du navigateur Christophe Colomb. Ancien palais des gouverneurs de l'île, où logea le navigateur durant son séjour sur l'île, le musée possède, outre sa pinacothèque, de précieuses archives et des collections américanistes. Doté de patios volumineux, le vaste bâtiment peut s'enorgueillir de détenir de splendides plafonds à caissons. De la Place del Pilar Nuevo, démarre la rue de los Balcones (rue des Balcons) qui s'élance perpendiculairement à la mer. Peu après la fondation de la ville, le quartier de Triana a fait son apparition sur l'autre rive du lit du ravin de Guiniguada. J'arrête mon vélo devant le 'Gabinete Literario', classé monument historique, et le théâtre Pérez Galdós, décoré de peintures art nouveau. La Calle Mayor de Triana, la principale rue commerçante de la ville, débouche sur le Parque San Telmo, avec son ermitage, les kiosques Moderniste et à Musique, où sont organisés de nombreux concerts. Dans le quartier de Ciudad Jardin, créé au XIXe siècle, se succèdent le Parque Doramas, l'hôtel Santa Catalina et le Pueblo Canario, tous deux inspirés de l'architecture traditionnelle canarienne. Ensuite, une rambla débouche sur la playa de Las Cantares, considérée par les insulaires comme un cadeau de la nature.

Plongée dans la verdure
C'est un bain végétal que l'on peut s'offrir au Jardin Botanico Canaria 'Vieja y Clavijo', souvent appelé le 'jardin des Canaries'. Sur 27 hectares, le jardin fut fondé en 1952 par Eric Sventenius, botaniste suédois, afin de protéger l'importante flore endémique des îles et connaître toute la diversité des écosystèmes végétaux des îles. Ainsi préservées, les collections ont pu, au fil du temps, s'enrichir d'espèces venant du monde entier.
À une petite vingtaine de kilomètres de la capitale, une église néogothique de basalte gris capte l'attention. À Arucas, réputée pour sa céramique et son rhum, l'église San Juan Bautista trône fièrement, presque posée là par erreur. Autour de celle-ci, l'architecture du village, entièrement rebâti grâce à la richesse issue de la culture bananière, détonne. Derrière l'église, une petite route grimpe au sommet de la moñtana de Arucas, offrant une vue de 360° -par temps clair- sur les plantations avoisinantes, Las Palmas, la presqu'île de La Isleta et l'océan. Même si le tourisme et la zone portuaire de la capitale sont les deux pôles économiques principaux, Arucas vit essentiellement de l'agriculture. Passage obligé par la distillerie de rhum Arehucas, la Casa de la Cultura et la très belle Hacienda del Buen Sucedo.

Voyage au centre de l'île
De Firgas, la plus petite commune de l'île, à 400 mètres d'altitude, au dessus d'Arucas, on retient surtout les Paseo de Gran Canaria et de Canaria, deux voies piétonnes sur une pente naturelle. En plus de l'écu insulaire, des blasons et des bancs en mosaïques représentent les 21 communes de l'île. Sur le Paseo de Canaria, les 7 îles canariennes sont représentées. Au milieu, coule une jolie fontaine. Ancien chef-lieu de l'île posé sur une plaine fertile, Telde conserve précieusement le quartier de San Francisco: ruelles pavées, magnifiques vergers, églises, la Basilica San Juan, la place de l'Iglesia San Gregorio et petits bistrot. Si la vie des autochtones vous interpelle, la ville possède de nombreux gisements archéologiques, tel l'ensemble troglodyte de Cuatro Puertas. La route pour les sommets épouse les reliefs escarpés et accidentés de l'île. Le climat change. Le Roque Nublo, énorme rocher de lave et emblème de Gran Canaria, se dresse aux côtés du Pic del Pozo de Las Nieves (culminant à 1.949 mètres) dans les environs de Tejeda, le centre géographique de l'île et point de confluence de la plupart des routes. De nombreux sentiers de randonnées -des caminos reales jadis empruntés par les Guanches et ménageant des vues impressionnantes- partent de la Cruz de Tejeda. Il ne reste plus qu'à redescendre vers le sud, doucement, pour ne pas vouloir repartir illico faire le tour de l'île.

Guide pratique

Y aller
Les Canaries sont à 4 heures de vol de la Belgique, et chaque semaine, Iberia dessert plusieurs fois Las Palmas de Gran Canaria via Madrid. À partir de 328€ l'aller-retour. Tél. 070.700.050. www.iberia.be
De nombreux séjours sont proposés par les T.O. Plus d'infos dans votre agence de voyages.

Y loger
La Hacienda del Buen Sucedo: Exploitation agricole du XVIIIe siècle, située au coeur d'une propriété bananière de 1572, La Hacienda affiche -avec ses épais murs de pierre, plafonds de bois foncé, bibliothèque, piscine, bain turc et jacuzzi- un certain luxe, sans pour autant renoncer à son charme rustique. À 15 min de Las Palmas, on peut y savourer une cuisine basée sur les produits de la terre et les saveurs traditionnelles. Carretera de Arucas a Banaderos, Km 1 à 35400 Arucas. www.haciendabuensuceso.com
À Gran Canaria, on trouve de très charmants logements ruraux ainsi que des abris troglodytiques (frais, même en période de canicule). www.grancanariarural.com et www.parador.es

Y dîner
- La Alquitara: À Las Palmas, ce petit bar à vins avec ses 450 références propose des dégustations et des tapas. Découverte des vins canariens à 15€, menu à 7€. Domingo J. Navarro, 9 (Triana) à Las Palmas.
- Casa Brito: À Arucas, une petite adresse où déguster une cuisine de terroir. Les autochtones y viennent en famille. Calle Pasaje Ter, 17 à Arucas.
- Parador de Tejeda: À Tejeda, à 1.560 mètres d'altitude et à 35 kilomètres de la capitale, le Parador se situe à la Cruz de Tejeda, le centre géographique de l'île. Depuis les chambres et les terrasses, on a une vue imprenable sur les ravins, les falaises et le dominant Roque Nublo. Ne pas manquer le baifo (chevreau), le potage de cresson, le lapin en salmorejo, les papas arrugás (petites pommes de terre en robe des champs) et les mojos et le bienmesabe de Tejeda. Une excellente adresse.

Infos
Office national espagnol du Tourisme. Rue Royale 97 à 1000 Bruxelles. Tél. 02.280.19.26. www.tourspain.be et www.spain.info

Auteur:
Nathalie Warny
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N° 169 Mai 2012

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