Découvrir le Nouveau Monde sur un navire bâti selon des plans du XIXe siècle, c'est allier tradition nautique et vacances de luxe pour une destination plus verte que nature.
Reportage Béatrice Leproux-Gillet.
Une à une s'élèvent les grands-voiles, les focs, le Fisherman d'artimon, la Brigantine... Le quatre mâts se charge de 3.365m² de toile sous les yeux éblouis des passagers, tous assemblés sur le pont en teck tandis que retentit la musique de '1492, La Conquête du paradis'. Si la partition de Vangelis a fait le tour du monde, l'épopée grandiloquente de Ridley Scott avec Gérard Depardieu dans le rôle de Christophe Colomb ne fut pas un succès, pas plus que le passage des Conquistadors au Costa Rica. Lors de son dernier voyage en 1502, une avarie mena le grand navigateur sur la côte Caraïbes d'où il s'aventura brièvement dans les terres avant de rentrer à Séville. Là, il découvre la reine Isabelle, sa protectrice, mourante et le roi Ferdinand attribue à un autre le poste de gouverneur qu'il briguait. Le découvreur des Amériques mourut quelques années plus tard, seul et oublié de tous. Ses successeurs furent déçus: il n'y avait que peu d'or sur la 'costa rica'. Les Amérindiens étaient peu coopératifs et la jungle et les volcans en éruption fort dissuasifs. Les Conquistadors s'employèrent néanmoins à piller les villages indiens, exécutèrent les résistants et réduisirent les autres en esclavage. Mais décimés par les maladies tropicales et déçus par le manque de richesses minérales, les Espagnols négligèrent le Costa Rica, désormais considéré comme 'la terre la plus pauvre et la plus misérable de toutes les Amériques'. Faute de puissants propriétaires terriens ou d'économie basée sur l'esclavage, sans importance stratégique ni richesses exploitables par rapport aux autres régions conquises, le Costa Rica devint un simple avant-poste provincial secondaire.
L'exception de l'Amérique Centrale
Des premières colonies de 1560 à l'Indépendance et jusqu'à aujourd'hui, le Costa Rica a toujours maintenu un statut à part. Entre Nicaragua et Panama, dans une région majoritairement en proie à la violence et à la misère où fleurissent dictatures militaires, guérillas et contre-guérillas, le Costa Rica est un pays riche, le plus prospère de l'isthme (ancienne colonie espagnole blanche à 94% et très américanisé) où l'éducation -97% de taux d'alphabétisation- et la santé gratuite pour tous sont une priorité. Autre motif de fierté nationale: afin de consacrer une plus grande part du budget de l'État à l'éducation, en 1948, les Costa Riciens ont été les premiers à dissoudre toute armée. Pour son rôle de médiateur dans les conflits armés de cette partie du monde, Oscar Arias, l'ancien président, a été nommé Prix Nobel de la paix en 1987.
Entre océan Pacifique et mer des Caraïbes, ce sont des forêts tropicales humides et sèches, des volcans en activité, des sources thermales, des grottes, des montagnes, des canyons, des fleuves et des chutes d'eau. Soit 5% de la biodiversité mondiale sur 0,01% de la planète. Une telle diversité d'éco-systèmes dans un si petit pays (4 millions et demi d'habitants et 51.000km², soit moins de deux fois la superficie de la Belgique) en fait la destination nature par excellence. Chaque année, deux millions de touristes se délectent de ses paysages. Mieux: deux milles Gringos et Européens y sont installés. Villégiature, retraite défiscalisée ou business touristique, l'une des premières ressources nationales. Après l'été en Méditerranée, l'hiver, le magnifique Star Flyer met les voiles pour le Costa Rica, nouvelle destination prisée des amateurs de nature et de soleil. Il navigue le long de la côte Pacifique, du Panama au Nicaragua. Les passagers ont embarqué à Puerto Caldera, à une heure de route de la capitale San José, prêts pour une semaine de découvertes. Une journée et une nuit de navigation leur permettent de se familiariser avec le bateau, les activités et de faire connaissance avec les officiers et les autres passagers, nord-américains pour la plupart et aussi européens. Le personnel de restauration en particulier est aux petits soins, aussi professionnel que souriant. Les repas, aux buffets très riches et très variés, conviennent à tous les palais et tous les régimes. Très vite, les tables se forment, la piscine s'anime, on tape le carton dans le petit salon et le bar tropical se remplit dès la nuit tombée, à 17h30.
Luxe, calme et volupté
Moment privilégié: le lever du jour sur le pont. Avec un peu de chance, on apercevra des baleines à bosse. Et, couchés sur le filet tendu de part et d'autre du beaupré, on observera les dauphins jouer dans la lame d'étrave. Les aficionados de la moquette épaisse ornée de noeuds marins, du double escalier aux rampes chromées qui descend jusqu'à la salle à manger, des uniformes blancs à épaulettes galonnées et des rengaines universelles du piano à queue blanc à l'heure de l'apéritif ne seront pas déçus: tout y est. En effet, pourquoi le luxe devrait-il se passer de tous ces attributs emblématiques d'une croisière? Mais la vie à bord du Star Flyer n'a rien de commun avec un paquebot ordinaire. D'abord parce qu'on navigue à la voile, fut-ce partiellement et en accompagnement du moteur. D'autre part, le nombre de passagers limité à une centaine -et presque autant de personnel- permet une circulation plus fluide dans l'espace et des installations très confortables. Les activités rythment les journées, depuis la séance de mise en forme de 8h jusqu'à la conférence quotidienne de 18h: vies sous-marines, éco-système particulier à la forêt primaire, espèces menacées... La première vision du pays restera dans tous les esprits: escorté par des dauphins, le quatre mâts glisse dans le golfo dulce. C'est le petit matin. Des côtes, on ne distingue que du vert, si dense et si puissant qu'il virerait presque au noir. La voilà cette fameuse forêt pluviale tropicale, propre aux climats chauds à l'humidité permanente, qui couvre le tiers du pays. Dans cette végétation exubérante, nous devinons une vie, des bruits, des cris inconnus. Sur le pont, pas un mot, pas une exclamation.
70 mètres au-dessus du vide
Jour après jour, en remontant la côte depuis le Panama jusqu'au golfe de Nicoya, nous pénétrerons les mystères de cette jungle qui s'étale jusqu'à l'océan. Chaque escale offre l'opportunité d'une découverte. Certains, trop heureux à bord, ne quitteront le bateau que pour plonger, nager avec les poissons et se baigner dans une eau à 28°. Pour la majorité, l'appel de la terre ferme est trop fort. À Golfito, les plus audacieux se risquent au zipline: munis d'un casque et d'un harnais, suspendus par une poulie à des câbles d'acier tendus entre des plates-formes, ils glissent d'un arbre à l'autre, parfois 70 mètres au-dessus du sol. Sur la côte sud du Pacifique, au nord de la péninsule de Osa, Drake est la porte d'entrée du Corcovado. Sujet à de fréquentes secousses sismiques, c'est l'un des parcs les plus sauvages et inextricables du pays. Parcouru de rios et cascades, c'est entre autre l'habitat du jaguar, de l'ocelot, du pécari -petit sanglier à queue très courte-, du tapir et de nombreux oiseaux. Dans ce fouillis végétal s'entrelacent cinq mille plantes différentes dans un perpétuel combat pour la lumière et la vie. Un couple d'aras macao -grands perroquets au manteau écarlate- pousse des cris stridents et secs tout en décortiquant des amandes au dessus des randonneurs. Cet écosystème abrite plus de 300.000 espèces d'insectes et 850 espèces d'oiseaux, soit le double de ce qu'offrent le Canada et les États-Unis réunis. Le parc Corcovado ne se visite pas sans expert capable de repérer à vingt mètres un micro-lézard sur une feuille. Rivés à son télescope et buvant ses paroles, les marcheurs se prennent de passion pour la vie des termites, du colibri et même pour la grosse tarentule noire aux pattes orangées. Les guides sont parfois des Indiens Boruca spécialisés dans l'écotourisme, les seuls avec les Guaymies à préserver des restes de tradition. Concentrées dans des réserves, les communautés indigènes réduites à 3% de la population ont malheureusement perdu leur culture et leur identité.
À la rencontre des singes hurleurs
L'humidité et la chaleur sont accablantes. Au sortir de la forêt, le littoral est une succession de criques, petites plages secouées par les rouleaux et de côtes rocheuses. Entre juin et novembre, une des sept espèces de tortues marines présentes dans les eaux du pays viennent pondre dans le sable. Les pêcher ou en récolter les oeufs coûte quatre ans de prison. Si les sentiers du Parc Manuel Antonio sont un peu trop bien balisés, ils méritent tout de même le détour. On y observe facilement iguanes, singes, petits cervidés, paresseux et coatis, espèce de ratons-laveurs. Les baigneurs veillent à ne pas laisser leur sac sans surveillance: des singes capucins se chargeraient d'en retourner le contenu. Encore plus au Nord, les îles Tortugas marquent l'entrée du golfe de Nicoya. Au choix, farniente sur le sable blanc, plongée et snorkeling ou bien trek à la rencontre des singes hurleurs dans la réserve de Curu, véritable refuge dans une région qui a beaucoup souffert de la déforestation. Car le Costa Rica a beau se poser en champion écolo et accumuler les lois en faveur de la protection de l'environnement, la tentation est grande de céder à la pression économique. Le Costa Rica a déjà renoncé à une grande partie de son patrimoine botanique en faveur d'une compagnie pharmaceutique et, dans le nord-ouest du pays, des hôtels-immeubles, blocs de béton posés sur des plages il y a peu paradisiaques entassent une clientèle parfois douteuse et mineure. La faune exceptionnelle place le gouvernement devant des dilemmes cornéliens, quand la perspective alléchante d'exploiter des gisements de pétrole menace la survie d'un perroquet en voie d'extinction. Heureusement, les montagnes, les régions reculées et le Sud résistent encore. Il y a quelques mois, le tribunal administratif ordonnait l'annulation d'une concession attribuée à un groupe canadien pour l'exploitation d'une mine d'or à ciel ouvert, un projet critiqué par les écologistes. Tant que l'or vert l'emporte encore sur l'or noir, voguons vers l'île aux trésors sur le plus beau des clippers.
Y aller
Equinoxiales propose les croisières Star Clippers au départ du Costa Rica, 8 jours à partir de 1.590€ par personne, au départ de Puerto Caldera. vol et nuits à San José en sus. Spécialiste du voyage sur mesure à prix low cost, Equinoxiales se charge d'organiser le voyage pré ou post croisière selon vos souhaits. www.equinoxiales.fr
Outre le Costa Rica, Star Clippers propose des croisières aux Caraïbes, en Polynésie française, en Asie du Sud-Est, en Méditerranée et même une Transatlantique. www.starclippers.com
Sudamerica Tours www.sudamericatours.be
American Airlines opère 5 vols par semaine (pas le lundi et le samedi) au départ de Bruxelles via JFK pour le Costa Rica à partir de 747,44€ TTC, l'aller-retour en classe économie. Tél. 070.272.700. www.americanairlines.be
Schématiquement, le Costa Rica a deux saisons: la sèche, de décembre à avril, et la verte, qui débute en mai, mais cette période des pluies diffère en intensité et en permanence selon les régions.
À emporter
Une paire de jumelles, un adaptateur (prises de type nord-américain), pantalon et bonnes chaussures, anti-moustique.
Monnaie: 1€ = 667,19 CRC (Costa Rica Colones) mais le dollar nord-américain (1€ = 1,316$) passe partout et votre carte de crédit suffira sur le Star Flyer. www.visitcostarica.com
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