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11
Fév
2009

Atacama, le désert parfait

Le désert parfait, où certaines zones n’ont pas reçu de pluie depuis au moins 100 ans. Un sublime univers minéral qui affiche  bien haut les couleurs des matériaux vomis par ses volcans. L’Atacama est la preuve que, même soumise aux pires conditions, la nature continue d’émerveiller.

Reportage Éric Vancleynenbreugel.

Au départ du petit village indien de Purmamarca, dans le nord-est argentin, il faut 12h de bus pour traverser les Andes. Très vite, la route entame les lacets les plus hardis qui soient. Une ascension qui n'en finit pas. À chaque col surgit une nouvelle pente et lorsque, enfin, le ruban de bitume semble s'aplanir, c'est pour se faufiler entre d'immenses lacs de sel. À perte de vue, le sol est immaculé, comme s'il avait soudain neigé sur la puna. Si ce n'était la chaleur dure, on pourrait le croire. Étrange 'no man's land' posé à mi-hauteur entre terre et ciel, parsemé de salares et entouré de hauts sommets enneigés, l'Altiplano culmine à plus de 4.000 mètres. Arrêt obligatoire au milieu de nulle part, à el Paso de Jama, 4.200 mètres, poste frontière de l'Argentine. L'altitude se fait sentir et il n'est pas rare que des voyageurs s'évanouissent par manque d'air. L'autocar et le poste de douane sont d'ailleurs équipés de bouteilles d'oxygène. Parfaitement conique, coiffé d'un capuchon de neige culminant à près de 6.000 mètres, le Licancabur, véritable masse imposante, marque cette frontière sur des dizaines de kilomètres. À ses pieds débute l'extraordinaire désert de l'Atacama, un enfer pour la vie mais un chef-d'oeuvre d'esthétique.

Rendez-vous avec la voie lactée
Étroite mais longue bande d'un millier de kilomètres, l'Atacama serait le désert le plus sec de la planète. Très peu de vie, quasi pas d'animaux, encore moins de plantes. Certains enfants nés ici n'ont encore jamais vu la pluie! De façon générale, on a relevé 2 mm à peine de précipitations depuis 30 ans! Et certaines stations météo n'en ont même encore jamais enregistré, parfois depuis une centaine d'années! La densité humaine se rapproche de zéro habitant au km². Il n'y a donc pas beaucoup d'endroits où loger. San Pedro de Atacama, petite oasis au milieu de rien, est même le seul bourg digne de ce nom. Une rivière venue des Andes le raccroche à la vie. Il ne faut pas 5 minutes pour tomber sous le charme de l'endroit, avec ses petits bars improbables, ses ruelles poussiéreuses, ses maisons en terre et son église immaculée à la charpente en bois de cactus sortie tout droit d'un western. L'adobe, le bois noueux, des matériaux nature qui confèrent au village un fort caractère, à tel point que le Chili l'a classé Monument national. Ce qui surprend aussi, c'est qu'il doit y avoir plus de chiens à San Pedro que d'habitants. Les saisonniers viennent souvent avec un chien qu'ils laissent ensuite au village. Mais vous le verrez aussi, les restaurateurs et les villageois prennent soin d'eux. En fait, San Pedro se révèle vraiment l'antidote du stress, un paradis pour les rêveurs... et les pêcheurs d'étoiles. Car ici, quasi chaque nuit est illuminée par la voie lactée. La sécheresse extrême de l'Atacama et l'absence de pollution lumineuse permettent à quelques-uns des télescopes les plus puissants de la planète de scruter le ciel depuis les hauts plateaux du désert. Ce soir donc, repas sous les étoiles. Au menu, une grillade et du quinoa, la céréale locale!

Des montagnes qui ne manquent pas de sel
D'origine indienne, bardé de diplômes scientifiques et amoureux de son pays, Juan se révèlera très vite un guide hors pair. Première étape: au sud de San Pedro, le salar de l'Atacama, troisième plus grande mer de sel asséchée de la planète. Jusqu'à l'horizon, un hérissement de croûtes de sel qui craquent comme des gaufrettes lorsqu'on marche dessus. En tant que visiteur, on ne peut réellement visiter que la lagune de Chaxa où nidifient une septantaine de flamants roses. Ils ont la particularité de danser sur leurs pattes lorsqu'ils recherchent de la nourriture. L'avantage, c'est qu'ils ne sont pas farouches et donc  photographiables de très près. Malgré son aridité, c'est pourtant autour du salar que se concentrent les quelques villages, regroupés en général autour d'une vieille église blanche. Ici, les Indiens Aymaras vivent dans la précarité, cultivant quelques m² de maïs et de quinoa. À l'ouest, la terrible cordillère du Sel barre la route entre les Andes et l'océan. Un enfer minéral exempt de toute végétation. En grimpant vers les hauteurs, la roche évoque un troupeau de dinosaures figés pour l'éternité. Mais le plus bouleversant demande encore un peu de patience: quelques centaines de mètres à parcourir dans la poussière et la roche pour déboucher d'un coup sur la rougeoyante Vallée de la Mort. Elle n'a pas toujours porté ce nom lugubre et avait été plus justement baptisée en son temps «Vallée de Mars» par un missionnaire jésuite liégeois, le père Gustave Le Paige. Par déformation, les Chiliens l'ont appelée vallée de la «muerte» et le nom est resté. Juan sait réserver des surprises et alors que la journée touche à sa fin, il emmène son petit groupe à rebrousse-temps, au coeur de cet univers minéral, vers un endroit de la cordillère du Sel quasi toujours ignoré des visiteurs. Le sol et les parois inférieures du canyon que l'on pénètre sont d'un blanc lumineux. Ces dépôts de sel sont les témoins fossiles d'une rivière qui coulait ici il y a 25 millions d'années. À l'exact instant du coucher du soleil, on entend les parois craquer par le jeu de la dilatation, due aux changements brusques de température, au point d'avoir le sentiment que toute la montagne va s'écrouler... Un peu plus loin dans la cordillère, changement total de couleur. On passe du rouge et blanc au gris et au noir au fur et à mesure que l'on approche de la Vallée de la Lune. On ne pouvait trouver meilleur nom à cet immense amphithéâtre sans vie constellé d'étranges rochers pointus. L'ambiance est spatiale, il ne manque que la légère attraction lunaire! Selon le guide, c'est ici que Stanley Kubrick, payé par la NASA, aurait tourné le film grand public des premiers pas des astronautes américains sur la Lune! Hormis les anciens de la région qui ont eu vent de l'évènement, le tournage était bien entendu top secret. C'est ici aussi, parfois, que l'on teste en conditions réelles les futurs véhicules spatiaux avant de les envoyer vers Mars. Face à l'amphithéâtre jaune et rouge, une immense dune de sable noir en forme de croissant. On se demande d'ailleurs bien d'où vient ce sable d'une autre couleur... Le clou du spectacle est pour bientôt mais, pour cela, il faut grimper l'arête de la dune pour rejoindre un sommet et s'installer. Doucement alors, le soleil fait éclater de rougeur les roches de la cordillère. Rideau.

Un verger dans le désert
Les Incas avaient pour habitude de cacher les choses avec la nature et la lumière. Ainsi, les coursiers chargés d'apporter le poisson depuis la côte jusqu'à la cité du Machu Picchu au Pérou devaient franchir vers 14h le tropique du Capricorne. Au fur et à mesure qu'ils avançaient, le sentier (qui était à peine tracé) se dévoilait et disparaissait derrière eux. Il y avait une heure de battement environ mais s'ils prenaient du retard, ils étaient perdus car il n'y a quasi aucun point de repère ni dans  l'Atacama ni dans l'Altiplano. Un excellent subterfuge pour éviter d'être poursuivi et se distancer de potentiels ennemis. Juan a découvert par hasard cette partie de la piste perdue depuis la conquête espagnole en remarquant une série de petits tas de pierres à l'endroit exact où passe le tropique, ce qui prouve une fois de plus les solides connaissances géographiques et astronomiques des Incas. Sur la route de Socaire à Toconao, un autre incroyable mystère. Juan demande tout à coup au chauffeur d'arrêter le moteur, juste avant une montée tout de même! Frein à main lâché, la jeep se met à grimper la pente toute seule. C'est l'un des seuls endroits au monde où ce phénomène, totalement inexpliqué, peut-être d'origine magnétique, se produit. Toconao est un minuscule village situé sur la Quebrada de Jere. Les visages que l'on y croise semblent sortis d'un album de Tintin. À deux pas du village, on distingue quelques touffes de végétation pointant dans le désert. Miracle né de la fonte des neiges des Andes, un verdoyant verger se blottit dans une faille, là, en plein désert!

Manque d'oxygène
À un jet de la frontière bolivienne, le site de El Tatio se mérite. Il faut d'abord se lever aux petites heures (3h30 du matin) et enfiler 3h de route cahotante en 4x4. Là, au pied des Andes, des geysers, des marmites de boue, des fumerolles et des ruisseaux aux eaux chargées et colorées témoignent du volcanisme ambiant. L'équipement hivernal est de rigueur car, même au coeur de l'été, il gèle tous les jours au lever du soleil! C'est l'heure où le contact entre l'eau chaude et l'air glacial produit le plus de condensation. S'approcher trop près d'un geyser ou d'une marmite de boue est dangereux. Chaque année, plusieurs visiteurs sont gravement brûlés, voire tués. Certains bouclent la visite par un bain dans l'une des sources chaudes qui sourdent en lisière de la plaine. Avant de déguster, pour le petit-déjeuner, des oeufs cuits sur geyser! Au retour, halte au pittoresque village de Chiu Chiu. Son église, avec ses murs en adobe, son toit de chaume, ses portes et son plafond en bois de cactus est l'une des plus anciennes du Chili. L'aridité de l'Atacama est notamment due aux innombrables reliefs, souvent des volcans, qui cerclent la région, eux-mêmes entrecoupés de hauts plateaux. Ces écosystèmes recèlent eux aussi de belles merveilles. Comme les deux lagunes jumelles de Miscanti et Miñiques, à 120 kilomètres au sud de San Pedro. Au fur et à mesure que la route grimpe, on croise lamas et vigognes qui paissent les quelques herbes blondes et drues qui égrènent la puña. L'air se fait rare et au moindre effort, les poumons s'essoufflent. On dépasse les 4.000 mètres, le ciel prend des tons d'un azur intense, inconnus chez nous. On atteint finalement la Reserva Nacional Los Flamencos. En contrebas de volcans éteints, les deux lagunes inondées de soleil forment un kaléidoscope de couleurs. On se sent réellement tout petit dans cet infini minéral, mais tellement bien finalement.

Guide pratique

Y aller
Plusieurs compagnies proposent des vols vers Buenos Aires ou Santiago de Chili. LAN assure des vols directs via Madrid. L’aéroport régional le plus proche se trouve à Calama, à une bonne heure de route au nord-ouest de San Pedro. Sudamerica Tours est le grand spécialiste de l’Amérique latine. Leur parfaite connaissance du terrain et leurs formules sur mesure sont la garantie d’un voyage inoubliable. Le circuit Atacama, Patagonie et île de Pâques par exemple emmène le voyageur à la  découverte des plus belles facettes de l’Atacama mais permet aussi de vivre les autres merveilles du Chili en parcourant plus de 5.000 kilomètres. Brochure dans les bonnes agences de voyages. www.sudamericatours.be

Quand partir?
L’Atacama est agréable toute l’année. Prévoir plusieurs couches de vêtements pour les matinées et les soirées, surtout en altitude.

Santé
Aucun vaccin n’est obligatoire. Ce qui guette le voyageur, c’est le mal de l’altitude, qui se traduit par des coups de fatigue et des nausées. Pour l’éviter, beaucoup boire, manger régulièrement mais léger, éviter trop d’efforts et redescendre de 1000 ou 2000 m en cas de maux trop violents.

Où loger?
• L'hôtel Terrantai est un magnifique endroit qui évoque un petit village indien. Construit en pierre et en adobe, cet hôtel allie le charme de l’architecture indienne et une atmosphère zen au confort le plus pointu. Calle Tocopilla 411, San Pedro de Atacama. Tél. +56/55.85.10.45. ou www.terrantai.com
• Le boutique-hôtel Tierra Atacama Hotel & Spa se love à la lisière de San Pedro, un peu comme une oasis en plein désert, au style néo-minimaliste. Les terrasses des 32 chambres offrent une vue imprenable sur le Licancabur. Le spa dispose de superbes piscines, d’un sauna, hammam, jacuzzi et propose massages aux pierres, aromathérapie, yoga, etc. Calle Séquitor s/n, Ayllú de Yaye, San Pedro de Atacama. Tél. +56/55.55.59.77. ou www.tierraatacama.com

À voir
À San Pedro, ne pas manquer une visite au superbe Musée Archéologique du Père Le Paige (l’un des plus courus du Chili) où sont regroupées les découvertes archéologiques du Père Le Paige, dont de célèbres momies indiennes.

Infos
Ambassade du Chili, rue des Aduatiques 106 à 1040 Etterbeek. Tél. 02.280.160.20. www.embachile.be

Auteur:
Éric Vancleynenbreugel
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N° 169 Mai 2012

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