Terres rouges, lagons turquoise, forêts émeraude, plages blanches et ciel azur, la Nouvelle-Calédonie affiche bien haut les couleurs du paradis. Mais ne la limitez pas à une carte postale! Sa population chaleureuse et son héritage culturel mélanésien la
rendent bien plus riche que cela...
Reportage Éric Vancleynenbreugel
Cet archipel allait, je le sentais, me surprendre. Lorsque Cook le découvrit, il estima, avec une pointe de nostalgie peut-être, que la côte qu'il abordait ressemblait à son Écosse natale. Il la baptisa sur-le-champ Nouvelle-Calédonie. Sur papier glacé, on aurait vite fait de la classer parmi les autres destinations de carte postale du Pacifique. Le «caillou», comme elle se nomme par ici, a bien un savoureux goût sucré de paradis, avec pour ceinture, un lagon qui s'affiche comme le plus vaste du monde: eaux turquoise frangées de plages immaculées et farineuses... Oui, mais que dire de sa végétation venue en droite ligne du jurassique, de son sol rouge parfois si «lourd» que n'y pousse qu'une végétation lentement adaptée à vivre dans un sol de métal, de ses cow-boys du Pacifique ou de sa population mélanésienne dont la tradition, remontant à la nuit des temps, fait presque force de loi non écrite?
Une seule ville
La Nouvelle-Calédonie est un rêve qui se mérite: 21h d'avion avec escale à Tokyo! De l'aéroport international de la Tontouta, il faut encore une petite heure de route pour atteindre la capitale. Nouméa, c'est LA ville, quasi la seule de Nouvelle-Calédonie. Elle regroupe 63% de la population, soit une bonne centaine de milliers d'habitants qui occupent une superficie équivalant quand même à la moitié de celle de Paris! Ici, la population est plutôt blanche, caldoche ou métro. En fait, Nouméa est un petit morceau de métropole transposé dans le Pacifique sud. Si ce n'est que les Nouméens vivent un peu à l'australienne: du sport, beaucoup de sport, le matin ou en avant-soirée. Avant un barbecue en famille ou entre amis, par exemple. Et on les dit stressés par rapport aux Calédoniens de la brousse et des îles extérieures, c'est dire! Le soir, le centre est assez vide. Comme dans les pays anglo-saxons, il n'est occupé que par des bureaux. Pour une terrasse ou un peu d'ambiance, il faut se rabattre sur les alentours de la place des Cocotiers ou, mieux, vers les bords de mer: Anse Vata et Baie des Citrons. Nouméa est une bonne base de départ pour quelques excursions en brousse, vers le Sud, vers l'îlot Amédée ou vers les Loyauté.
Terre rouge
La découverte du Grand Sud, c'est un formidable parcours à rebrousse-temps. Qui se révèlera encore plus fantastique avec un guide d'exception comme François Tran. Captivant, ce Calédonien connaît sur le bout des doigts la géologie, la botanique et la zoologie de son île. Pour l'heure, direction le parc naturel de la Rivière-Bleue. On dirait que le sol saigne tant il offre à certains endroits des tons rougeoyants. Ici, la terre est une cuirasse de fer. Il suffit d'en prendre une poignée et de la soupeser: la concentration en métal est inouïe. Au XIXe siècle, des missionnaires en déduisirent sérieusement que la Nouvelle-Calédonie était un énorme aimant attirant à lui tous les métaux et publièrent même un ouvrage en ce sens! En fait, ce sol ultramafique (acide à l'extrême) serait celui de l'ère secondaire. Les plantes classiques y mourraient en quelques jours. Cette spécificité fait qu'on n'y rencontre que des végétaux endémiques. Certaines espèces ne poussent que dans une vallée ou au sommet d'une colline et on en découvre encore chaque année des centaines! Résultat: la Nouvelle-Calédonie est le cinquième pays en importance sur le plan de la biodiversité. Ici, les fleurs poussent sur les troncs, on retrouve des fossiles végétaux vivants comme les ancêtres des fougères ou des conifères. L'archipel recèle en effet 13 des 19 espèces d'araucarias encore existantes. Mais ici, ces arbres, dont se nourrissaient jadis les dinosaures, ne piquent pas. C'est le seul endroit au monde où les plantes n'ont en général pas de piquants car elles n'ont pas de prédateurs. Même bizarreries chez les animaux: poissons à 5 écailles, à ouïes externes, à nageoires-pattes. Ou encore ce gros oiseau qui «aboie» et ne sait pas voler: le cagou. Peu craintif, il viendra même picorer à portée de main...
Plein Nord
En prenant la route du Nord, on cerne mieux l'utilité du 4x4: certains tronçons sont mouchetés de sérieux nids-de-poule, souvent remplis d'eau. De quoi risquer à tout moment la crevaison, la casse ou la sortie de route... Comme si cela ne suffisait pas, les Calédoniens roulent vite: soit ils connaissent leurs routes par coeur, soit... ils aiment jouer à la roulette russe! Des pluies inhabituelles s'abattent soudain et en moins d'une heure, la chaussée se laisse submerger par les cours d'eau. On évite de peu l'accident par aquaplanage avant de manquer noyer le moteur... Heureusement, cela se calme à l'approche de Pouembout. J'ai l'impression d'être en plein Far West calédonien, avec toutefois un climat (généralement) sec, parcouru de savanes et laissant transparaître la terre rouge. C'est le pays des 'stockmen', ces cowboys blancs qui élèvent leur bétail de façon extensive. D'août à octobre, plusieurs rodéos égrènent la vie de ces communautés très rurales. Après Pouembout, nous empruntons la transversale Koné-Tiwaka pour basculer vers la côte Est. Sur l'autre versant, l'exubérance de la végétation trahit une pluviosité abondante. Nous traversons des villages-jardins, où les cases sont blotties sous les cocotiers et les arbres fruitiers. Nouveau casse-tête pour le conducteur: les enfants jouent sur la route, les familles s'assoient sur le macadam pour papoter, la route est un lieu de rencontre... D'ailleurs, les Mélanésiens saluent de la main les voitures qui passent, comme s'ils croisaient un ami. Le trajet vers Hienghène est ainsi fait de jolies rencontres, comme lors de cet arrêt à la mission de Tié: les enfants de la tribu jouent au football sur les pelouses entre l'église et l'océan. Juste avant Hienghène, nous décidons de faire une petite visite dans la tribu de Wérap, sur les hauteurs. Il fait chaud et les enfants jouent dans la rivière. C'est Pâques et les familles sont réunies autour du bougna ou d'un barbecue. Dans la dernière maison avant la forêt nous attend Benoît Boulé, un ancien au visage buriné orné d'une longue barbe argentée. Il est l'un des derniers à savoir fabriquer la monnaie kanak, le 'thewe': un étui en écorce de banian contenant un fil en poils de roussette (chauve-souris) orné de coquillages, d'osselets et de perles de bois ou de fer. Benoît nous explique qu'il ne s'agit pas d'une monnaie d'échange mais plutôt d'un cadeau incontournable lors de cérémonies comme le mariage. Une tradition séculaire qui risque bien de s'éteindre après lui. Son fils, nous confie-t-il, n'a pas la patience requise. Eh oui, il faut deux à trois jours pour fabriquer une seule monnaie! Passé Hienghène et ses étranges rochers posés dans l'eau, en forme de poule et de sphinx, nous reprenons la route plus au nord, qui s'arrête sur les rives de la Ouaïème. Il faut prendre le vieux bac (en service 24h/24) pour faire la traversée. Une légende raconte qu'un 'monstre marin' habiterait la rivière et que la construction d'un pont empêcherait sa libre circulation. Monstre ou pas, espérons que ce passage restera longtemps ainsi... La région que l'on traverse ensuite est sauvage, quasi inhabitée. La côte se fait escarpée et prend un petit air de bout du monde, avec des cascades qui dévalent des hauteurs jusqu'au lagon. La saison des pluies touche à sa fin mais les nuages s'accrochent encore aux sommets. Il va falloir à présent prendre la route du retour vers Nouméa pour s'envoler vers un autre paradis.
Nengone
À 40mn d'avion de Nouméa, voici la quintessence de ce que l'on peut rêver dans les Mers du Sud: l'archipel des Îles Loyauté. Ouvéa, Lifou et Maré, trois visions du paradis. Des trois, nous avions surtout envie de mieux connaître Maré, la plus authentique. Damas nous accueille dans le petit aéroport de La Roche. La remise des bagages se fait comme dans une poste, via un guichet donnant sur l'extérieur! Maré n'est pas juste une île de rêve 'à touristes' comme on en croise tant dans le Pacifique mais un lieu avec une histoire et des coutumes à respecter. Les Maréens sont fiers de dire que leur île parle au coeur
des visiteurs. Plus qu'un simple slogan touristique, on se rendra compte au fil du voyage que ces Îliens sont plus qu'attachants. Les Maréens sont curieux et bavards mais surtout sincères, souriants et hospitaliers. La trentaine de tribus qui se partagent le territoire parle le nengone (qui est aussi le nom de l'île en langue kanak). Sur les routes, le nom des tribus que l'on pénètre est peint sur le bitume. Chef de clan dans la tribu de Kurine, Damas connaît l'île comme la poche de son short. Maré possède une beauté sauvage qui marque longtemps ceux qui prennent la peine d'en pénétrer l'essence. Surélevés sur plusieurs étages de corail, ses rivages turquoise laissent çà et là apparaître de jolies plages poudrées de sable blanc. Saut du guerrier, trous d'eau, aquarium naturel, la nature en jette. Mais l'expérience ultime est sans aucun doute la randonnée vers Shabadran, dans la partie la plus reculée de l'île. Un sublime parcours sur des terrasses de corail surélevé pour rejoindre une plage déserte comme on n'ose même pas en rêver. À Maré, les gens vivent de la terre et de la mer. Beaucoup sculptent aussi le bois pour fabriquer des masques, des flèches de case ou des poteaux traditionnels. Ce sont les femmes qui s'occupent des enfants, souvent nombreux, et ce sont encore elles qui tiennent les cordons de la bourse. Au marché de Tadine, elles proposent les produits de leur jardin: bananes, pommes cannelles, patates douces, plants d'ananas... et même du pudding maison. Et quand le client se fait rare, hop, toutes ces dames se lancent dans une grande partie de bingo. C'est manifeste, ici la vie coule doucement, sans stress... «Le paradis n'est pas loin, ne passez pas à côté», dit souvent Damas à propos de son île.
Kunie
On ne quitte pas la Nouvelle-Calédonie sans un saut à l'île des Pins. Dès l'arrivée, c'est le choc des couleurs. Succession ininterrompue de plages immaculées bordées de pins colonnaires qui lui ont donné son nom, l'île des Pins est considérée comme l'une des plus belles îles du globe. Une anecdote qui en dit long: en 1999, lors d'une épreuve internationale de planche à voile, de nombreux participants ont baissé leur voile et arrêté leur course, éblouis par la beauté de l'île et de ses eaux! Répartis en 8 tribus, les Kunies (nom des habitants de l'île des Pins) ne sont que 2.000 et Vao est le seul village. Une église colorée, quelques épiceries, l'école et le dispensaire, c'est tout. L'île est restée profondément nature. Près de Vao, sur les rives de la Baie Saint-Maurice, on est accueilli par une étrange palissade de totems mélanésiens, à l'endroit où débarquèrent les premiers missionnaires. Mais le plus beau reste encore à venir. L'arrivée à l'Oure Lodge est un émerveillement. Quelques bungalows entre forêt et plage. Et quelle plage! Celle qui enserre la baie de Kanuméra, un lagon turquoise au sable si fin et si blanc qu'on s'y enfonce par endroits. En son centre, un immense rocher relié au rivage par un mince banc de sable. Ne cédez pas à la tentation d'y grimper car il est sacré. En franchissant un mystérieux bois aux troncs noueux et aux branches torsadées, on atteint un autre lagon de rêve: la baie de Kuto. Huit pirogues traditionnelles sillonnent encore la baie d'Upi pour le plus grand bonheur des visiteurs de passage. Cette excursion est absolument incontournable. Héritières des grandes pirogues d'autrefois qui servaient au commerce inter-îles, ces embarcations sont toujours construites en bois de pin colonnaire. Un voyage au rythme lent des alizés. En entrant dans la baie, on zigzague entre les gros rochers de corail plantés dans la mer. C'est encore plus féerique lorsque d'autres pirogues se joignent au voyage. Ensuite, c'est à pied qu'il faut traverser la forêt pour rejoindre un autre endroit magique: un calme bras de mer entouré de végétation luxuriante. En le remontant vers l'Est, on atteint les pieds dans l'eau un... aquarium géant naturel. En fait, un énorme bassin qui se remplit au gré des marées via une étroite passe. L'endroit parfait pour aller admirer le monde du silence en toute tranquillité, et respirer un vrai parfum de paradis.
Y aller
• Avec Air France en Thalys Bruxelles-Paris CDG (voiture Air France 1re classe et enregistrement du voyage dès Bruxelles)
pour un vol Paris-Tokyo (12h). Ensuite, vol Aircalin vers Nouméa (9h). Au départ de Nouvelle-Calédonie, Aircalin dessert également une dizaine d’autres destinations (Vanuatu, Tahiti, Australie, Nouvelle-Zélande…). 5 Vols hebdomadaires à partir de 2.216€ par personne A/R. Tél. 070.22.24.66. ou www.airfrance.be et www.aircalin.com
• Vols inter-îles Air Calédonie sur des appareils plus légers (d’où une limitation du poids des bagages à 10 kg) à partir de l’aéroport domestique de Magenta.
Quand partir?
La Nouvelle-Calédonie bénéficie d’un climat peu variable. Période idéale: de septembre à décembre, ensuite, il pleut beaucoup jusqu’en mars. L’hiver austral (juin à août) est plus «frais»: les températures descendent à 20°C.
Formalités
La Nouvelle-Calédonie est une collectivité rattachée à la France. Les Belges qui s’y rendent ont pourtant besoin d’un passeport en cours de validité en raison des escales. Aucun vaccin nécessaire. Monnaie: le franc Pacifique (franc CFP). Parité fixe par rapport à l’euro: 1€ = 174 FCFP. Décalage horaire: +9h en été et +10h en hiver. Sur place: véhicule de location quasi incontournable. Préférez le 4x4 si vous envisagez de parcourir l’intérieur et le nord du caillou. En-dehors de Nouméa, peu de trafic. Roulez le plus possible vers le milieu des routes que sur les côtés, souvent défoncés. Gare aux nids-de-poule et aux enfants, qui jouent parfois sur les routes reliant les tribus.
Où dormir?
• Le Méridien Nouméa. En bord de mer, de jolis jardins, une avalanche de restaurants, un spa... Pointe Magnin, tél. +687/26.50.00.
• Le Ramada Plaza Nouméa. Un rien moins bien situé et en retrait du front de mer, il ne faillit pas à la réputation de la chaîne. À faire: un dîner au 360°, le seul restaurant tournant de Nouvelle-Calédonie, pour la qualité des mets, pour la vue sur Nouméa et son lagon. 19000 FCFP soir environ 158€ la chambre double. Rue Louis Blériot, tél. +687/23.90.00. www.ramadaplaza-noumea.nc
• Pas très loin de Nouméa, l’auberge du Mont Koghi propose entre autres de loger à 15m du sol, perché dans un vieil arbre au milieu de la forêt. 34C, route du Mont Koghi, 98830 Dumbéa, tél. +687/41.29.29.
• En bordure de rivière, au pied des monts qui entourent le joli village de Sarraméa, l’hôtel Evasion est une étape luxueuse et gastronomique de premier plan. 35, Morcellement St-Joseph, Sarraméa, tél. +687/44.55.77. www.hotel-evasion.com
• Tiéti Tera Beach Resort. Ouvert en février, ce resort de charme, joliment posé en bordure de l’océan, est un pied-à-terre idéal pour découvrir la côte nord-est du caillou. Bungalows superbement décorés et cuisine pleine de promesses. À partir de 100€ la chambre jardin. 16 voie urbaine n°1, Poindimié, tél. +687/42.64.00. www.tera.nc
• Oure Lodge - Île des Pins. Un endroit idyllique qui n’a pas été dénaturé par l’installation de bungalows en bois local. Et, ce qui ne gâche rien, accueil et gastronomie y sont au top. Oure Lodge, Baie de Kanuméra, tél. +687/43.13.15. www.oure.nc
À savoir
La société mélanésienne est fondée sur des valeurs très fortes. Ainsi, on ne pénètre pas chez quelqu’un sans procéder au rituel coutumier. C’est l’homme qui présente au chef de famille ou de tribu un présent (un coupon de tissu pour paréo, un petit billet et/ou un peu de tabac). Celui-ci remercie alors par un petit discours de bienvenue. Sacrifier à ce rituel est essentiel et vous ouvrira bien des portes pour en savoir plus sur la vie en tribu. Partout sur le bord des routes, des mini-échoppes souvent désertes. Prenez ce qui vous intéresse (un fruit, de l’artisanat…) et mettez l’argent dans la boîte. Idem pour payer l’entrée aux sites. Ici, la confiance n’est pas un vain mot!
À ramener
Des paréos, des masques en bois, de l’essence de niaouli (eucalyptus endémique).
Infos
Nouvelle-Calédonie Tourisme Point Sud, 25, rue des Pyramides, 75001 Paris, tél. +33/1.47.03.14.74.
www.nouvelle-caledonie-tourisme.be
Sur les îles: www.iles-loyaute.com; www.ile-des-pins.com
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