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07
Jui
2009

Tokyo et ses tribus urbaines

C'est peut-être la métropole la plus trépidante de la planète, mélange subtil de quartiers traditionnels et trendy à souhait. Une ville frénétique, un tourbillon d'énergie, fascinant! Source d'inspiration de nombreux créateurs, Tokyo abrite moult tribus urbaines qui réinventent chaque jour de nouveaux styles de vie.

Reportage Sandra Evrard.

Le Mont Fuji d'un côté, les gratte-ciels surmontés de panneaux lumineux de l'autre: nous sommes à Tokyo! La tentaculaire capitale nippone aux 33 millions d'habitants, affiche d'emblée sa démesure. En observant le plan de la ville et du métro pour la première fois, l'on se demande par où commencer et quel est réellement le centre de cette cité tentaculaire? Oublions nos standards européens! À l'instar de Buenos Aires, Tokyo se vit par quartiers, lesquels sont pour la plupart reliés entre eux par le métro et un enchevêtrement d'autoroutes suspendues, au coeur desquels se dégagent des axes commerciaux principaux où
s'organisent la vie et les échanges sociaux. Connaître l'adresse d'un lieu à Tokyo, n'est finalement pas très utile puisque les rues n'ont pas vraiment de nom. Une adresse japonaise présente d'abord le nom du district, du sous-district et de l'édifice qui l'abrite.

Le Japon des kimonos
On l'imagine moderne et avant-gardiste, pourtant, la première escale nous plonge au coeur d'un ancien quartier, l'un des rares à avoir conservé quelques bribes d'architecture héritées de l'époque d'Edo, lorsque la métropole n'était encore qu'un simple hameau perdu dans la plaine de Musashi. Dans le quartier d'Asakusa, la vie s'organise autour du  temple Sensô-ji. Les maisons basses et échoppes lovées dans des mouchoirs de poche, ont encore pignon sur rue, à côté des petits restaurants où l'on déguste les spécialités du chef dupliquées en plastique pour les présenter dans les devantures.
À l'entrée du temple, une imposante lanterne en papier joue les gardiens de la porte du Tonnerre dont les dieux sont censés éloigner les mauvais esprits du lieu de culte. Un encensoir géant diffuse des effluves symbolisant le souffle d'autres divinités bienfaisantes pour guérir les maux des pèlerins. Comme pour toute occasion importante, un certain nombre de Japonaises arborent leurs plus beaux kimonos soulignant leur taille fine et accentuant leur démarche timide et contenue. À trois stations de métro de là, Ueno et son parc, véritable poumon vert du nord de Tokyo, fait partie des lieux très fréquentés de la cité. Avec son zoo un peu suranné et ses nombreux musées (dont le National Tokyo Museum, à ne pas manquer -à 10 minutes à pied des gares d'Ueno et d'Uguisudani), il est envahi en fin de semaine par les familles et les amateurs d'expositions internationales de haut vol. Au pied de la station ferroviaire, les néons réinvestissent la rue où s'alignent pachinko et salles de jeux vidéo géantes. À l'intérieur, les joueurs serrés côte à côte comme dans une boîte à sardines, passent des heures à essayer de remporter leurs parties. Étrangement, on n'y trouve autant d'hommes d'âge mûr que de jeunes gens!

Le diable s'habille à Ginza
Quartier huppé du centre de Tokyo où les plus belles marques nippones et internationales s'affichent dans des bâtiments dont l'architecture rivalise d'originalité le long de l'avenue Chûô dôri. Alvéoles au coeur d'une tour d'un blanc immaculé pour les uns, mur de verre pour les autres, les designers se sont débridés! On comprend mieux pourquoi, au sein des rames de métro du centre-ville, la plupart des Japonaises semblent se rendre à un cocktail chic ou à l'opéra, alors qu'elles sortent tout simplement de leur boulot. L'élégance est de mise! On ne quittera pas Ginza sans avoir préalablement traversé le fameux carrefour où les passages géants pour piétons s'entrecroisent en diagonale, faisant ressembler le lieu à une fourmilière bien gérée. Ginza  accueille également d'extraordinaires grands magasins comme Mitsukoshi, Matsuya, mais aussi Big Camera où l'on trouve les derniers équipements électroniques avant-gardistes sur huit étages! L'été, ces tours disposent d'agréables terrasses sur leurs toits, où siroter un café ou une bière en contemplant la forêt de gratte-ciels tokyoïtes. Quelques tours en verre réservent leurs différentes salles superposées aux salons privés de karaoké, où les groupes d'amis viennent s'époumoner quelques heures en soirée. Bon à savoir: des périmètres délimitent les zones fumeurs au coeur même des rues de Tokyo. Interdiction de fumer en dehors de la zone désignée, au risque de recevoir une amende plutôt salée!
Toujours très chic, mais plus abordable, Omotesando Hills, surnommé les Champs Élysées japonais, accueille quelques  créateurs et d'agréables cafés ou pâtisseries françaises situées le long de l'avenue Omotesandô dôri. Le quartier abrite aussi le musée Nezu, du nom d'un collectionneur d'art qui a accumulé durant toute sa vie des calligraphies anciennes, des céramiques et autres objets provenant du Japon, de Chine et de Corée. En poursuivant vers le sudest, on tombe sur le quartier d'Aoyama où différents stylistes nippons (par exemple Comme des Garçons) ont élu domicile, tout comme Prada, dont l'édifice composé de losanges de verre convexes, fut conçu par les architectes Herzog et de Meuron.

De Shibuya à Ikebukuro...
Pendant ce temps, la jeunesse branchée arbore les dernières tendances fashion au coeur de Shibuya, le quartier des love hôtels dédiés aux amoureux clandestins. Une nouvelle station de métro de la Fukutoshin Line, en forme de vaisseau spatial, relie désormais Shibuya à Ikebukuro et Shinjuku, deux quartiers plus récents. Réalisé par l'architecte Ando Tadao, ce projet soucieux de l'environnement emploie des techniques de récupération de la chaleur des rames de métro. Bilan: une réduction annuelle de 1000 tonnes d'émissions de carbones, par rapport à une station traditionnelle. C'est encore ici que les  post-adolescentes au style underground viennent dénicher leurs mini-jupes et t-shirt flashy au sein du magasin 109, en arborant un bronzage intensif propre à la tribu urbaine des mamba. Au Japon, les jeunes portent obligatoirement un uniforme jusqu'à l'âge de 16 ans. Dès leur entrée sur le marché du travail, ils revêtiront costume strict et bleu marine pour les hommes et tailleur pour les femmes. Il reste donc peu de temps à la jeunesse japonaise pour s'exprimer à travers le vêtement. D'où cette explosion de styles exubérants marquant leur appartenance à l'une de ces tribus urbaines caractéristiques de Tokyo. Leur manière d'exprimer leur besoin de liberté, dans un pays où l'individualisme est mal vu.

Des cosplay pour tous les goûts!
La ville électrique, autrement dit le quartier d'Akihabara où l'on vend toutes sortes de gadgets électroniques est également fort prisé des manga girls. Antre de la culture Otaku, il est aujourd'hui réputé pour ses maid cafés où des jeunes filles déguisées en soubrettes, accueillent les client(e)s en les appelant «maître», en chantant pour eux et en leur proposant des services particuliers comme le nettoyage des oreilles ou de la réflexologie plantaire! Ce que l'on appelle plus génériquement les Cosplay bar (contraction des mots anglais costume et play), se nichent également dans le quartier d'Ikebukuro où ils se déclinent en  d'autres thématiques. Ici, ce sont surtout les personnages de manga, de dessins animés ou jeux vidéos, qui ont généralement la côte! Dernier quartier émergeant: celui de Nakameguro, avec sa kyrielle de nouveaux cafés, mais aussi de boutiques vintage. Il fait partie de ces quartiers fraîchement réhabilités, encore peu fréquentable il y a quelques années. Fin 80, le gouvernement a décidé de prendre les choses en main, aidé par le fashion district de Daikanyama. Pari gagné: le quartier attire aujourd'hui  artistes et petits designers tokyoïtes comme Kakitsubata. La Mizuma Art Gallery, qui représente des artistes contemporains  comme l'anti-conformiste Makoto Aida, y a également ouvert son QG. Finalement, à Tokyo, chacun sa tribu, chacun son  village... au coeur de la ville!

Guide pratique

Y aller
La compagnie Swiss propose des vols depuis Bruxelles (avec transfert via Zurich) jusqu'à l'aéroport de Tokyo Narita. À noter la nouvelle classe business avec sièges-lits et fonction de massage intégrée! Comptez 12-13h de vol depuis Zurich. Prix indicatif: 927 €. Tél. 078.15.53.19. www.swiss.com

Sur place
Le Club Med Découverte propose un circuit «Japon, archipel zen» de 13 jours dont 3 jours à Tokyo, avec visite des quartiers à la mode comme Shibuya, Rappongi Hill, Akihabara, Ginza. Le logement a lieu dans des hôtels haut-degamme, notamment le Royal Park Shiodome Tower à Tokyo. www.rps-tower.co.jp À partir de 5790€ pour le circuit qui se fait en groupe de 24 personnes maximum. Brochure Club Med Découverte. Tél. 070.666.334. www.clubmed.be

Shopping
- Haibara. 2-7-6 Nihombashi, Chûô-ku. Une papeterie exceptionnelle où dénicher de très beaux washi (papiers artisanaux).
- Mitsukoshi. 4-6-16 Ginza, Chûô-ku. Un grand magasin inspiré du Harrods londonien.
- Uniqlo. 5-7-7 Ginza, Chûô-ku. À l'instar de Muji et de Gap, cette boutique s'est spécialisée dans les basiques chics.
- Big camera. 1-41-5 Higashi-Ikebukuro. Il se prétend le magasin d'appareils photo le moins cher du Japon.
- Bingoya. 10-6 Waka-Matsuchô. Pour dénicher de l'artisanat haut de gamme sur cinq niveaux!
- Le musée d'Art contemporain de Tokyo 4-1-1 Miyoshi, Kôtô-Ku, www.mot-art-museum.jp Près de la Simida-gawa, un espace industriel regroupe quelques galeries d'art.

Où dîner?
- Kyübei. 8-7-6 Ginza, Chûô-ku. L'un des meilleurs restaurants de sushis de Tokyo doublé d'un sublime décor.
- Ippûdô.1-3-13 Hiroo, Shibuyaku. Ce spécialiste des râmen (pâtes dans un bouillon) excelle dans la préparation de nouilles tonkotsu (au bouillon de porc) et akamaru râmen. Très fréquenté à l'heure du déjeuner.
- Sakata. 1-5-13 Ginza, Chûô-ku. Le restaurant de nouilles le plus réputé de Tokyo à prix doux. Testez ses sanuki udon (épaisses nouilles de blé)!

Où loger?
- Ryokan Shigetsu. 1-31-11 Asakusa; Taitô-ku. Un authentique ryokan dont les chambres ont une salle de bains privées. Mais un passage par les bains japonais communs vaut le détour pour la superbe vue. À partir de 7700 yens. Park Hyatt Tokyo. 3-7-1-2 Nishi Shinjuku. La vue légendaire pour l'un des palaces les plus chers... à partir de 55 650 yens.

Infos
Pour prendre le métro: Il est conseillé d'acheter une carte rechargeable débitée automatiquement à chaque passage. Pour le train, il est plus intéressant d'acheter un pass dans une agence de voyage en Belgique. Ambassade du Japon, avenue des Arts 58, 6e étage à 1000 Bruxelles. Tél. 02.513.23.40. www.be.emb-japan.go.jp www.tourisme-japon.fr

Auteur:
Sandra Evrard
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N° 169 Mai 2012

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