Découverte il y a 475 ans par l’explorateur Jacques Cartier, la Gaspésie affiche ses petites maisons en bois dans l’estuaire du Saint-Laurent. On y court observer sa nature préservée, ses baleines, orignaux, ours... Cap sur cette péninsule du Nord du Québec en forme de pince de homard!
Vue du ciel, la Gaspésie et son imposant tapis végétal annoncent déjà la couleur: on vient ici pour goûter à une nature ayant conservé ses droits sur un territoire grand comme la Belgique, mais qui ne compte que 100.000 habitants! En 1534, le navigateur français Jacques Cartier découvre les côtes gaspésiennes et y plante une croix, faisant de ce bout de terre abrupte, le berceau du Canada. Mais s’il est d’une beauté sauvage et indomptée, ce morceau d’Amérique du Nord n’en est pas moins habité. Plusieurs communautés amérindiennes y sont installées depuis des siècles, parmi lesquelles les Micmacs (littéralement «peuple de l’aurore»), qui ont élu domicile à Gespeg (le «bout des terres») qui donna son nom à la région. Aujourd’hui, on dénombre 724 Micmacs. La moitié vivant toujours en Gaspésie. Ces anciens pêcheurs-cueilleurs s'adonnent toujours à la pêche -même si un certain nombre d'entre eux sont bûcherons ou se sont tournés vers le tourisme. S’ils n’habitent plus leurs traditionnels wigwams -tentes fabriquées à partir d’écorce de bouleau et de peaux d’animaux -, ils conservent des bribes de culture héritée de leurs aïeux. Nous trouvions dommage que la transmission de nos traditions ait disparu. Nous avons donc commencé à nous réapproprier notre culture en 1995, en construisant ce centre d’interprétation micmac, explique Monique Jeannotte, Directrice du centre et membre de l’assemblée de la communauté Micmac. Même la langue avait disparu. Aujourd’hui, on peut à nouveau l’apprendre dans certaines écoles. Lorsque j’étais petite, cela m’a manqué. Car nous étions différents des autres amérindiens, surtout physiquement (je suis personnellement plus blanche de peau), mais si proches. Personnellement, je me sens québécoise, mais indienne au niveau de la spiritualité. Même s’ils ont été christianisés, certains Micmacs ont renoué avec leurs croyances animistes et «les personnes traditionnelles» chargées des cérémonies de purification ont repris leur place dans la société. Les traditions de pow-wow sont également perpétuées. Durant cette cérémonie, on fait un feu, qui doit être maintenu constamment allumé. Le feu est sacré, comme l’être humain. Il faut donc le nourrir. C’est l’élément naturel le plus important de la cosmogonie micmac. À l’instar des autres peuples autochtones, les Micmacs vivaient jadis en complète osmose avec la nature. Racines, écorces, plantes étaient utilisées pour confectionner des objets ou pour se soigner. Ils ne tuaient les animaux qu’aux saisons adéquates. L’orignal, l’imposant élan d’Amérique, leur servait par exemple de nourriture, sa peau était tannée pour en faire des vêtements et couvertures et les nerfs employés comme fil à coudre, pour la fabrication des cordes des arcs ou de lignes de pêche. Écolos avant l’heure!
Morue versus saumon
Avec l’arrivée des Européens, ces habiles commerçants servirent d’intermédiaires dans le commerce de la fourrure. Mais la construction du chemin de fer introduisit d’autres chasseurs sur leurs terres, les privant quelque peu de leurs prérogatives. Dès le XVIe siècle, la pêche à la morue devint la principale source de revenus de la plupart des familles gaspésiennes jusqu’à la fin du XXe siècle où la surpêche entraîna un déclin de l’activité. Aujourd’hui, les jolies maisons de pêcheurs en bois coloré, posées le long de la côte, rappellent les paysages scandinaves. Mais les petits bateaux de pêche restent désormais au sec… Au cœur du Parc Forillon, on imagine aisément le mode de vie des anciens sur ce territoire à travers la reconstitution du magasin et de l’habitation de la famille Hyman, un ancien gros négociant en morue établi à Grande-Grave, qui transformait le poisson en produit salé-séché, avant de l'exporter. À Forillon, on peut embarquer pour une croisière d’observation des baleines.
Dès le printemps, les cétacés remontent depuis l’hémisphère sud pour trouver refuge dans les eaux froides du Golfe du Saint-Laurent, riche en krill, un plancton de petits crustacés, dont ils peuvent consommer jusqu’à 4 tonnes par jour! Vêtements chauds et ciré jaune sur le dos, on scrute l’horizon, à la recherche du moindre mouvement de l’eau, qui permettrait d’identifier leur présence. Au loin, un jet d’eau issu de la respiration du plus grand mammifère encore porté par la planète... Comme si elle souhaitait nous impressionner, cette baleine bleue nous montre alors son gigantesque dos arrondi, avant de plonger pour laisser entrevoir sa queue qui disparaît à son tour dans les flots, alors que sa tête est déjà 30m plus bas. Séquence émotion!. De quoi compenser les haut-le-cœur provoqués par une mer «qui brasse pas mal» comme l’on dit poétiquement en québécois. Ce jour-là, cinq individus viendront flirter avec le petit chaloupier, pour notre plus grand bonheur. Des rorquals communs, baleines de plus petite taille, compléteront le tableau. Sur les berges, les chemins de randonnées sont bordés par une forêt boréale couvrant 95% du parc national. Une majorité de résineux, mais aussi quelques bouleaux et des érablières aux endroits les plus ensoleillés: c’est en gros le biotope que l’on peut observer ici. Dans les clairières ou le long des sentiers et des routes, il n’est pas rare d’observer l’ours brun et sa petite famille, gambader en quête de nourriture. Moins agressif que son cousin de l’Ouest canadien, le grizzli, il est cependant préférable de maintenir une certaine distance avec ce plantigrade aux paluches acérées.
Écotourisme pur
Avant de devenir une région privilégiée de l’écotourisme, la Gaspésie a d’abord attiré la bourgeoisie canadienne qui s’y rendait dès le printemps pour la pêche aux saumons. Aujourd’hui, cette activité s’est démocratisée. Les rivières autrefois privatisées sont accessibles à quiconque détient un permis de pêche. Celle-ci se pratique à la mouche et même les non-initiés apprécieront ce sport d’esthète, où le lancé du fil est d’une élégance rare. À une cinquantaine de kilomètres de là, le rocher de Percée, planté au cœur de la mer, observe une autre merveille du coin: l’île de Bonaventure. Ce petit bout de terre au coeur d'une nature préservée incite le visiteur à respecter des règles strictes, notamment de ne pas déborder des sentiers, afin de préserver une flore si fragile sous ces latitudes. L’île héberge la plus grande colonie de fous de Bassan au monde. Cet imposant volatile à la tête jaune et aux yeux qui semblent noircis de khôl, possède d’ailleurs des mœurs étranges. Quand ils ne se disputent pas comme des chiffonniers, ils se bécotent allègrement ou entrelacent amoureusement leur long cou, comme des amoureux. Un véritable spectacle! Parmi les autres spots nature à ne pas manquer, le chic-choc! Encore un nom micmac, qui signifie «montagnes infranchissables». Ce paysage vallonné qui s’étend sur 800 km², accueille 25 sommets dont certains de 1.000 mètres et même de 1.268 mètres pour le Mont Jacques Cartier, le deuxième plus élevé du Québec. Il s’agit aussi d’un sanctuaire privilégié des caribous, les plus grands cervidés au monde (il en reste 175!). Les plus sportifs pourront aussi entreprendre la grande traversée de 100 kilomètres pour rejoindre les Monts Jacques Cartier, Albert et Logan. Une véritable expédition de 2 à 10 jours, selon le tronçon choisi, pour découvrir une partie du fameux Appalachian Trail américain. Au sommet du Mont Albert, on se croirait dans le Grand Nord, avec une toundra balayée par les vents. Les Micmacs l’estimaient infranchissable. Pourtant, le plus difficile est sans doute de quitter ce paradis naturel!
Y aller
La compagnie canadienne Air Transat effectue des vols directs Bruxelles-Montréal 4 fois par semaine entre avril et fin octobre (aller: le mardi, mercredi, vendredi et dimanche, retour: le lundi, mardi, jeudi et samedi). En hiver, vols directs depuis l'aéroport de Paris Charles-de-Gaulle. Prix indicatif: àpd 389€ en classe économique et àpd 719€ en classe Club (sièges plus larges et présélection gratuite, enregistrement à part, choix de repas et de vins, set de voyage). Tél. 02 80 80 186. www.airtransat.be
À partir de Montréal, on peut rejoindre la ville de Gaspé en avion avec Air Canada. Prix indicatif: 473$ Can. (299€) en classe Tango. www.aircanada.com On peut aussi s'y rendre en train (comptez +/- 18h de trajet) depuis la gare centrale de Montréal jusqu'à Gaspé, avec possibilité de réserver une cabine avec couchettes. Prix indicatif: 773$ Can. (489€) pour une cabine 2 personnes. Infos et réservations via Rail Canada. Tél. 1/888.42.72.45. www.viarail.ca
Où loger
À Gaspé:
- Maison William Wakeham. Un B&B de charme, reconnu pour sa table, réputée la meilleure de Gaspésie. 186, rue de la Reine, Gaspé. Tél.+418/368-5537. www.maisonwakeham.ca
- Gîte de l'Ancêtre, situé dans l'une des plus anciennes maisons de Gaspé. Le petit déjeuner est à se damner avec ses confitures artisanales, smoothie, gaufres et viennoiseries! 55, boulevard York Est, Gaspé. Tél. +418/368-4358. www.aubergeancetre.com
- Les pêcheurs ou les adeptes de nature opteront pour l'Auberge du saumonier, tenue par Elie qui vous emmènera à la pêche aux saumons sur les rivières des environs (forfait de 225$ (142€) p.p./jour, avec 3 repas et guide compris). 282, Montée Cortéréal. Tél. +418/368-2171. www.aubergedusaumonierlodge.com
À Percé:
- Hôtel Le Mirage. On gare sa voiture devant la chambre, comme dans un motel, mais c'est le confort d'un hôtel, avec une excellente literie et un délicieux petit déjeuner. 288, Route 132 Ouest, Percé. Tél. +418/782-5151. www.hotellemirageperce.com
À Bonaventure:
- Riôtel. Demandez les nouvelles chambres modernes de l'hôtel, situées dans l'aile gauche de l'établissement. 98, avenue Port-Royal, Bonaventure. Tél. +418/534-3336. www.riotel.ca
Dans le Parc National de Gaspésie:
- Gîte du Mont-Albert. Préférez les chalets aux chambres d'hôtel, beaucoup plus cosy et pittoresques! 2001, route du Parc. Tél. +418/763-2288. www.riotel.ca
À faire/à voir
- Safari baleines: On peut observer les baleines en Gaspésie au large du Parc Forillon. L'embarquement se fait à Grande-Grave, à bord d'un bateau rapide qui peut accueillir 48 passagers. Croisière aux baleines Forillon. Prix: 55$ (35€). Mais aussi tarifs familiaux. Quai de Grande-Grave. Tél. +418/892-5500. www.baleines-forillon.com.
- Le Bioparc: Rendez-vous dans ce parc animalier où l'on peut observer ours, orignaux, phoques, loups, etc. Rue des Vieux-Ponts, 123, Bonaventure. Tél. +418/534.1997. www.bioparc.ca
- Parc national de la Gaspésie: Pour les randonnées dans le parc national de Gaspésie, rendez-vous au centre des services pour vous informer sur les sentiers et obtenir les cartes indiquant le kilométrage et les dénivelés. www.parcsquebec.com
- Visite d'Explorame: Pour découvrir le biotope du fleuve Saint-Laurent. On y propose également des sorties en mer pour assister à la levée de casiers de pêche. Rue du Quai, 1, Saint-Anne-des-Monts. Tél. +418/763-2500. www.exploramer.qc.ca
- Visite du phare de Pointe à la renommée: C'est le site de la première station radio-maritime en Amérique du Nord, installée par Marconi en 1904. Les habitants de la région se sont battus pour rapatrier de Québec son superbe phare rouge. Bd. L'Anse-à-Valleau, 884, Gaspé. Tél. +418/269-3310. www.routedesphares.qc.ca
- Site d'interprétation de la culture Micmac: Bd. Pointe-Navarre, 783,
Gaspé. Tél. +418/368-7449. www.gaspesie.com/gespeg
Cap aventure organise des excursions en kayak de mer dans la baie de Gaspé et l'observation des phoques. Bd. Grande-Grève, 2052, Cap-aux-Os. Tél. +418/892-5055. www.capaventure.net
Informations
Documentation et météo quotidienne sur www.bonjourquebec.com. Numéro gratuit relié directement au Québec: 0800.78.532. (tous les jours de 15h (16h le mercredi) à 23h). Mais aussi www.tourisme-gaspesie.com; www.475gaspe.com; www.quebecmaritime.ca
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